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Samedi (10/05/08)
La joyeuse dépressive ou la dépressive joyeuse ?
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© Ninoutita



Elle force l'admiration.
Je n'ai plus de force.
C'est en m'endormant îvre que je voudrais seulement être loin d'elle et ne pas me briser entre ses bras. Sans doute parce que je succomberais peut-être. Et je ne veux pas, je me l'interdis formellement.
Autour de moi, des relations, pire que des cordes, se nouent et se dénouent, ça pue le temps perdu.
Antigone veut tout, et tout de suite; moi je ne veux pas de tous ces riens, mon temps est précieux et je ne veux pas le perdre. Nous sommes jeunes, oui mais autant ne pas trop sombrer dans des demi-erreurs qui n'accablent que quelques pauvres jours.
Parfois il me semble que je joue un jeu.
Que tout le monde joue.
Même le plus spontané des individus. Lui aussi sous son air de franchise pure, il joue. Peut-être est-il seulement plus talentueux qu'autrui pour cacher ses pions sous des phrases aux accents irréfléchis.
Alors toi aussi, tu joues, la nuit dans un lit avec une fille, l'alcool et ta chemise blanche, tu mélanges les cartes, tu mélanges tes membres à celui de l'autre.
Le jour c'est comme une violente trêve, tu te prends la fille du soir en pleine face, sa lumière t'éblouit et viennent les non-dits presque muets, quasi hurleurs.

J'ai tant brûlé de mots, majoritairement les miens et puis ceux de Romain, tous jusqu'à la plus petite dernière goutte séchée d'encre noire.
J'éprouvais une certaine libération à craquer l'allumette et à assister à la formation d'un petit tas de cendres grises.
J'aimais entreprendre ce genre de feu de tristesse libératrice au début du soir, quand les cieux n'étaient pas encore tout à fait noirs.
Hier, j'ai fait flamber des mots de rage, tout un bordel de feuilles blanches gravés d'auto-abhorration et toute cette fumée en vain. Aucune paix, pas le moindre calme n'a envahi mon âme.
L'agitation et le dégoût étaient tellement enfouis en moi-même, hors d'atteinte que je paraissais de bonne humeur de l'extérieur.
Personne n'a rien vu, ni entendu, elle a juste lu.
Pourquoi fallait-il que ce soit elle qui partage un peu de ma perdition ?


Et aujourd'hui, ma nuit d'hier semble être un mauvais rêve.
J'ai un mauvais penchant pour le lunatisme. Qui s'aggrave l'hiver, disparaît à l'automne et au printemps mais revient au galop dès que le mois de juillet pointe le bout de son nez.
Sauf qu'il n'arrive que dans trois mois et que j'en suis déjà à brûler du papier. Prochaine étape, une ville entière ?



Alors, bientôt deux ans. Déjà ?
Oui, déjà.
Elles sont loin ces nuits d'été, mon corps moite, ton corps frais.
Tu avais toujours froid, j'ai souvent trop chaud. C'était le signe stupide d'une complémentarité qui n'allait durer qu'un laps de temps.
Les feuilles sont tombées, accompagnées de mes larmes.
Ce fût le grand saut, la chute durant laquelle je n'ai pas vu ma vie défiler, simplement l'image de ses yeux qui se fermaient.
Juste quelques secondes.
Je n'en parle plus mais je ne comprends toujours pas.
Je suis passée par tant d'étapes pour revenir au début.
Alors tu vois, tu n'es pas seule à être plongée dans un schéma hideusement récurrent. Nous avons tous nos cercles vicieux, moi c'est lui.
Je n'ai pas envie d'arrêter cet article. J'ai besoin d'écrire encore et encore, de ressusciter toutes mes phrases brûlées et de les prononcer. J'ai pensé m'acheter un magnétophone, mais le plastique crâmé a une odeur qui colle aux narines et aux vêtements.
Dans ce cas je reste aphone.
Dans d'autres, j'hurle mes petites dépressions, j'hurle mes joies; je vis, je bouge, et c'est déjà beaucoup.





Ecrit par ninoutita, à 14:38 dans la rubrique Journal qui se veut être intime .
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Mercredi (07/05/08)
À brûle-pourpoint
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© Ninoutita



Mercredi c'est l'arrivée, je roule dos à Paris mais je la sens toute proche, son souffle dans ma nuque fait grandir en moi le désir d'y être enfin et puis le train entre en gare, ça y est.
Les quais me font indéniablement penser à elle, à ces trois fois où elle m'a passée son ticket pour que je le composte avec un geste faussement professionnel.
Mais c'est loin tout cela, j'aperçois Safia au bout, et j'imagine bien que j'aborde le même sourire qu'elle, celui des deux complices à nouveau réunies.


Brûlante, hâletante, trépidante.




J'ai commencé cet article lundi, mais vraiment, ces cinq jours parisiens ont déjà commencé à remplir les pages de mon petit cahier aux deux petites filles, deux petites filles peintes par Schiele qui font la couverture de ce carnet dont la plupart des pages sont vierges.
Ce que j'y ai fait est inscrit, parfois dans l'ordre, souvent dans le désordre, loghorrée (péjorative) sur l'exposition Louise Bourgeois, apologie du mojito même à plus de huit euros, rencontre au pas de course, assister à une représentation dePlatonov dans un minuscule théâtre de l'île Saint Louis et penser à Aurélien, fameux héros d'Aragon, pur fantasme pour moi, et le jeu des acteurs absolument juste, et les friperies décevantes, et comme j'aimerai encore y être, pouvoir encore plus vivre dans le rythme effréné de la capitale, m'en remplir l'âme jusqu'à la prochaine fois et à la revoyure, comme on (a) dit. En attendant je m'en grille une... qu'importe la ville, l'important c'est la personne en face. Safia.
J'ai aimé m'attarder entre les tombes du Père Lachaise ou rester longtemps assise sur un banc, à St Michel, la cathédrale derrière nous.
J'ai aimé le concert de jazz, j'ai aimé savoir que j'ai un sosie.

Et pourtant, malgré la mélancolie du retour, Strasbourg m'est apparue à nouveau toute ensoleillée, toute calme et elle brille ces temps-ci, les quais (sans "e", pourquoi ?) sont envahis à n'importe quelle heure de la journée par des lycéens, étudiants, vagabonds et junkies, je ne me situe nulle part, je devrais cependant. La première catégorie est mienne, rêvons un peu et devenons une poussière de soleil, un peu de pollen allergisant ou simplement un mégot vaguant maladroitement dans l'eau polluée.
Les moutons de pollen en fusion avec la lumière printannière me rappellent Le tombeau des lucioles lorsque le frère et la soeur vivent dans une petite grotte, avant qu'elle tombe malade, avant la mort, après une autre.

J'aurais aimé être le joint entre tes lèvres, tu n'es personne puisque tu es tout le monde, jeune pas jolie, vieille magnifique, jeune homme aux désirs trop assouvis, prépubère novice.
J'aimerai mieux comprendre ce qui fait qu'on est là, ce qui fait qu'un jour un arbre a poussé puis deux puis trois et en voilà des milliards.
C'est vrai que je raconte un peu n'importe quoi, je perds le fil, les mots jaillissent, ils sont drôlement décousus. Je me demande s'il y a des gens dont je ne soupçonne pas l'existence (ou si, mais pas celle-là, celle ici) qui viennent lire ces phrases, j'en doute. En tout cas moquez-vous ( ou toi, au cas où je sois la seule personne à me relire un an après avoir conté ces élucubrations) de mon penchant pour la philosophie de boulevard. Par exemple sur un banc, Maria mangeait une glace, un clochard imbibé d'alcool lui a fait un cour sur le Québec, "ils ont vendu la Louisiane à un milliard". Sauf que ce n'était pas la Louisiane, sûrement l'Alaska, on pourrait faire une publicité préventive sur les dégâts de l'alcool : dire qu'il nous fait oublier des informations que l'on savait par coeur avant, griller des cases comme j'en grille "une" et tout ce sombre dessein se construit dans notre dos tout en nous détruisant dans le ventre. Pas logique tout ça. J'en parlais parce que j'aime ce genre de discussion, bon là en l'occurence ce n'était pas de la philosophie, seulement un concentré d'histoire et géographie et de vinasse, sûrement, aussi.




J'ai envie de geuler à brûle-pourpoint "à brûle-pourpoint" et puis j'irai travailler, le bac approche et je ne fais pas grand chose. Alors j'y vais, étudier sous le soleil, se donner bonne conscience tout en étalant les jambes encore blanches de l'hiver, écrire quelques mots censés et s'en aller boire un mojito, à six euros cette fois.


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Ecrit par ninoutita, à 14:34 dans la rubrique Journal qui se veut être intime .
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Lundi (28/04/08)
Vanité
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Pendant que le petit piano noir jouait, toute geule ouverte, le jeune homme assis non loin pensait, les yeux fermés, à sa tentative de suicide encore loupé. Il était pourtant resté plusieurs minutes en apnée alors qu'autour de lui les gens dansaient au son discordant du piano ou s'agglutinaient autour du musicien îvre mort. Mais personne n'avait fait attention à lui, à son visage qui était passé du tomate au livide, aux larmes qui étaient apparues au coin de son oeil droit et surtout, surtout à son nez bloqué entre son pouce et son index gauche.
Son esprit vagabondait, puis ses paupières s'ouvraient et toute la salle apparaissait dans une lueur bleuté, fantomatique, qui adoucissait les premières secondes de réel. Ensuite le monde que l'on peut toucher, le "vrai", émergeait, ineffablement et brutalement, désespérant.
C'était son coeur, le soucis. Depuis trop longtemps, il brûlait, mais pas d'amour, oh ça non, seulement il ne pouvait pas qualifier cet enflammement permanent, cette brûlure coupable de tous ses maux. Personne n'en savait rien. Après avoir maintes et maintes fois traversé la rue la main devant les yeux et mangé trois portions de mort-au-rat, sans succès, il en était arrivé à se boucher le nez dès que son mal se remettait à s'embraser. Le suicide n'arrivait jamais à terme. Une fois c'était le claquement de doigt d'un spectateur trop enthousiaste à un concert de jazz qui avait provoqué sa respiration, sans doute l'étonnement ou le rappel instinctif à la vie, peu importe. Une autre, trop dommage d'ailleurs, alors qu'il avait prévu toutes les conditions nécessaire à sa mise à mort, non vraiment trop dommage, c'est-à-dire le radiateur éteint pour éviter tout gargouilli métallique, les robinets bien fermés afin de ne pas sursauter au bruit de la goutte qui s'écrase, ses propriétaires partis en Nouvelle-Calédonie, il était resté debout au milieu de ses dix mètres carré de chambre de bonne, les mains qui écrasaient de toute leur force son nez déformé à force d'avoir trop appuyé. Malheureusement ni un mortel ni Dieu ne peut contrôler le craquement du bois, et il s'avérait qu'il était sous les combles, on en déduit une présence de poutres, d'où le craquement. Dommage.
Malgré ses tentatives récurrentes, c'était un bon garçon. Il ne brisait aucun coeur, mangeait cinq fruits et légumes par jour, donnait à manger aux oiseaux, remplissait ses fonctions de délégué à la commission des étudiants anti-tabac, rebaisser la cuvette après avoir uriné, laisser sa place volontiers aux personnes âgés dans le métro.
Non, vraiment, personne ne soupçonnait cette envie maladive de mort, ce besoin permanent de mettre sa vie en jeu, son obsession funèbre.
Jusqu'au jour où sa photographie a été affiché dans toute la capital, sur la porte des boulangeries, sur les poteaux, à l'entrée des toilettes publics, au détour d'une ruelle sombre, près d'un grand boulevard.
Moi-même, j'ai vu pour la première fois son visage par ce biais-ci. Son nez maltraité, ses yeux sombres, sa bouche pleine et son air de parfaite neutralité. Il semblait propre sur lui, la vingtaine, peut-être un poil trop sérieux, un peu coincé. Bref.
Je me balladais, les yeux rivés au sol et son visage imprimé sur une affiche volait. Je l'ai reçu en plein nez.
Sur le papier, seulement quelques mots, alarmants, hâtifs, désespérés : "Louis Aubertin, disparu depuis le 28/04. Si vu, contactez-nous" Suivi de coordonnées.
Depuis il m'obsède. Le jour, la nuit, dans mon lit, en cours, partout.
Mais ce soir j'ai trente ans, j'ai réussi ma dernière année de médecine, je fête tout cela, ce soir, oui.
Tout le monde danse, les pieds me brûlent, j'ai trop profité. Je m'assieds, je souris, je croise mon nez dans le grand miroir face à moi. Il est déformé. Je me décompose, je pleure. Une larme au coin gauche. Je ferme mes yeux, très fort, non, impossible.
Et pourtant si.
Je brûle qu'on me reconnaisse dans la rue, que je ne sois plus un anonyme.
Mais même lorsque je suis recherché, peut-être mort aux yeux de toute la capitale, personne ne songe à me retrouver.
Aucun appel depuis ce 28/04. Et ça fait neuf années.
Personne à ma fête. Je les regarde danser, ils ne sont pas venus pour moi mais pour un autre.
Je retire mon souffle de ce monde.
Bruit de verre qui éclate.
Encore loupé.





Ecrit par ninoutita, à 19:32 dans la rubrique Journal qui se veut être intime .
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Dimanche (27/04/08)
Sirop guimauve, thé vert et bonbon violette.
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© Ninoutita



Je vous dis qu'il a une fossette qui sourit, du haut de sa scène qui n'en est pas une, du haut de sa scène qui n'est qu'un fond de salle complétée par du parquet pas verni et un éclairage bleu qui rend fluorescent ma robe blanche à fleurs, et nos dents, rondes ou non.
Je crois que j'aimerai beaucoup vous chantez une histoire qui n'a pas eu lieu. L'histoire d'avril qui compléterait (comme la lumière et les planches de bois) celle du début juillet, sans tente, sans la rumeur d'un festival autour de la toile tendue. Mais je peux à peine entrevoir son début, il ne pourra pas y avoir une suite à cette phrase chuchotée brièvement, trop brièvement, au détour d'un escalier. D'habitude nous murmurions au coin d'une rue, je remarque que l'étau se resserre, sans doute pour mieux m'étrangler. June, tu me parles, je t'en veux, je ne te croise plus, j'oublie, je t'oublie, je t'aperçois à nouveau, c'en est fini, je fantasme de façon fraîche, fignolant les détails d'un foutu futur fantastique. Qui n'aura de toute façon pas lieu.
Alors bien sûr, il y a l'autre personne mais elle met mon esprit dans un désordre inimaginable, indescriptible. June, tu apparais alors comme délivrance, comme si tout pouvait être simple avec toi, j'en ris avec amertume.
Mais sous ces dessous sentimentaux peu triomphants, la vie est agréable à appréhender ces temps-ci : beaucoup de travail, nuits courtes, longues matinées ennuyeuses, verre avec Julien en discutant, dîner avec Adèle en fumant.
Et je fume beaucoup, des cigarettes empruntées, chaque jour quelques bouffées de nicotine en regrettant de ne pas avoir un lycée où l'entrée de la cour est ensoleillée. Le printemps est finalement présent mais la chaleur n'est pas encore palpable. Je veux une brise plutôt que du vent frais et je veux les arbres à nouveau tout à fait habillés : ils commencent à m'horrifier à force d'exhiber leurs corps nus décharnés.

Pourtant souvenez-vous, il n'y a pas si longtemps je pensais que les arbres étaient plus beaux dépourvus de feuilles et qu'il en était de même pour les hommes et leurs fioritures de tissus. Je soutiens ma deuxième réflexion. Mais pour ce qui est de la nature, ma vision est trop paradoxale : comment peut-elle être belle lorsqu'elle ne représente plus ni la vie ni la germination, qu'elle s'étale dans toute sa nudité, quand plus personne ne pense qu'un de ces jours doucement balayés par un soleil timide, elle va finalement renaitre, aussi verdoyante que le printemps précédent.
Comment. C'est un mot qui revient souvent dans mon vocabulaire depuis la fin des vacances, inexeplicable et jonché de si, schéma récurrent pour elle, doute pour moi.





Ecrit par ninoutita, à 16:30 dans la rubrique Journal qui se veut être intime .
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Mercredi (16/04/08)
Th
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© Ninoutita



J'ai murmuré Prométhée dans la nuit, mon chuchotement brusquait un peu le silence de ma chambre. J'ai lu trop d'Aragon, j'ai trop rêvé, mon esprit est finalement de plus en plus encombré. Moi qui me croyais vide, je vis puissamment, ça me rend malade tout ce gris jeté dans le ciel comme par hasard, où s'est caché le printemps ? Mais voilà, dans deux semaines peut-être que le soleil sera au rendez-vous, moi en tout cas je ne raterai pas le train, j'arriverai sur le quai avec ou sans soleil qu'importe, ce sera bien, ce sera Paris, ce sera ma meilleure amie. J'avais envie de mettre un "e" muet à quai, semblable à celui de Prométhée et son croisement perpetuel, chemin de croix, th sourd-muet, réminiscence d'un visage aperçu en fermant mes yeux sous la douche, je n'y comprends rien. Cette figure apparue par mégarde et magie, assez drôle et très fine... masculine. Maintenant c'est l'après-midi (cieux toujours aussi gris) et j'écrase de l'index droit mes paupières dans l'espoir de le voir réapparaître. Ce matin, quand l'eau me rinçait le trop plein de shampoing, il était là une demi-seconde et quand j'ai revu le carrelage bleu de la salle de bain, j'ai eu un sourire en coin, à motié agréablement surpris, à moitié déçu de sa disparition trop rapide.
Il pleut de nouveau, et j'écoute une musique à clapotis, drôle de moment, je n'arrive même pas à savoir si j'ai faim. Pourtant il est l'heure d'aller goûter, ou je ne sais pas moi, piquer un somme. Drôle d'expression, d'ailleurs. Je me demande d'où elle vient et quand j'en aurais fini avec mes questions à la con peut-être bien que la nuit sera déjà tombée. Alors je n'aurais plus qu'à enfiler un t-shirt un peu plus correcte que celui difforme à l'arc-en-ciel, me maquiller un brin et sortir boire du rosé et fumer.
J'ai envie d'allumer un cierge à la cathédrale, voir comment cela fait quand c'est avec envie. Parce que ma grand-mère me forçait, plus jeune, à les consummer. Je trouvais cela idiot, mais bon allez hop pourquoi pas, je fous le cierge sur son machin en fer forgé, je ne prie pas, je ne prie qu'en présence d'un poster qui était affiché dans ma chambre et que je lorgnais chaque soir avant de dormir, chuchotant une prière païenne égoïste et enfantine. Inutile.
Maintenant je susurre de la poésie surréaliste à trois heures du matin alors que j'ai prévu de me lever à huit. Et les cernes s'étalent presqu'autant qu'en période de cours.
Ca me fait penser à toutes les rentrées depuis le début de ma scolarité : "Alors vous avez passé de bonnes vacances ? Vous vous êtes bien reposé ?" ensuite cette phrase a eu sa variante anglaise, puis espagnole et enfin italienne. Mais toujours le même oeil vitreux, le corps fatigué et tout l'organisme habitué à un autre rythme de vie, hors du temps, qui reste muet devant l'adulte dont le but n'est sans doute pas de savoir si vos vacances on été bonnes ou pas. C'est comme les "Ca va ?" lancés par habitude, ils nous usent à force et tout le monde finit par s'en contre-foutre du moral de l'autre.
A part ça j'aime bien les autres, la misanthropie n'est qu'une apparence et j'espère qu'elle n'est pas héréditaire, avec son th à la Prométhée.





Ecrit par ninoutita, à 17:34 dans la rubrique Journal qui se veut être intime .
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Lundi (14/04/08)
It was a moonlight in the old mexico.
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© Safia
Ecrit par ninoutita, à 22:19 dans la rubrique Journal qui se veut être intime .
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Dimanche (13/04/08)
Your lips moove but I can't hear what you say
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©Ninoutita



C'est amusant la manière dont bonheur et liberté sont étroitement liés. Sans elle, je ne le connaitrai pas, mais sans lui, où serait-elle ?
Alors le bonheur, c'est peut-être aller acheter de bonnes grosses fraises bien rouges avec de la chantilly seulement parce que Rafi et moi avons vu Marie-Antoinette s'en goinfrer. Puis se rendre sur la plage, le soleil vient de se coucher et pourtant, pourtant un liseret rose subsiste, magnifique dans l'immensité bleu marine, croquer une fraise à pleine dent, finir la chantilly avec les doigts et fumer une cigarette, repue, libre, heureuse même.
Le bonheur c'est peut-être aussi enchaîner les films, "et on en est au troisième !", marcher dans les rues de Tokyo avec Lost in translation, écouter attentivement les petits monologues délicieux de Catherine dans Jules et Jim, envier les amours adolescents de Trip et Lux dans Virgin Suicides, se gondoler devant les essaies laborieux de Ed Wood, avoir la bouche qui n'en finit plus de saliver devant les macarons multicolores de Marie-Antoinette. La liberté c'est d'aller toujours avec ma Rafi, si douce et dont le silence me plait, voir un film au cinéma, un Benchetrit d'abord, A bord du Darjeeling Limited ensuite. Les deux m'ont plue, même si j'aurais voulu pouvoir admirer le visage de Samuel Benchetrit dans l'un, et m'emplir les yeux de Adrian Brody plus longtemps dans l'autre.
Mais ce retour de Normandie me donne envie de pleurer, beaucoup. J'ai vu la cousine de mon père au fond d'un lit, toute chétive dans les draps blancs de l'hopital, j'aurais voulu l'embrasser longtemps sur ses joues parsemées de tâches de rousseur jusqu'à ce qu'elle soit guérie. J'ai peur, tellement peur que ce soit la dernière fois que je la vois.
Mais il y a l'océan, sans qui je ne prendrais jamais conscience que le ciel est bien une voûte et que l'immensité existe.
(Hé les mecs, si on vivait tous au bord de la mer, nos soirées seraient gigantesques, presque spirituelles devant le spectacle du flux et du reflux de l'encre noire, putin ce serait merveilleux !)
Au retour, on est passé à Compiègnes afin de rendre visite à mon oncle qui y tient un pub. J'ai enchaîné les cidres avec les bières, si bien que je n'y voyais plus très clair, un jeune homme est venu me parler, je lui ai ri au nez, ma grande soeur a ri à son tour mais de ma désinvolture.
Après des nuits à rêver que je dansais dans un endroit obscur, je suis morte d'envie de me déhancher au son de n'importe quel groupe qui fait bouger, j'ai envie de fumer aussi, enfin, j'ai envie de nuits blanches et d'histoires sans lendemain. Ou alors avec un lendemain baigné de lumière, le genre qui n'arrive jamais, le genre on va s'aimer pleinement. Mais je suis pleine de ressentiments.
L'amertume ne me sied pas et puis vous le savez, j'ai beau le virer de mon coeur, il revient toujours, tantôt tombeur, tantôt naufragé... contrasté.

Cette nuit dans la voiture, je m'endormais au son de Pink Floyd et de la sonate du Clair de Lune, j'avais l'impression que je n'étais plus qu'une enveloppe, un corps creux et vide et bizarrement, même si cela peut paraitre à la limite du désespérant, j'aurais voulu rester nue de l'intérieur pendant une parcelle d'éternité.





Ecrit par ninoutita, à 16:47 dans la rubrique Journal qui se veut être intime .
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Samedi (05/04/08)
Je bois
Non, en fait, je pars.
Et je vais revoir Rafi, alors je pars le coeur léger.
A samedi prochain.
Ecrit par ninoutita, à 11:04 dans la rubrique Journal qui se veut être intime .
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Dimanche (30/03/08)
Polychrome
Chaque début de pritemps, c'est un nouveau sourire qui squatte mon visage.
Il y a un an, j'écrivais que lorsque j'étais malheureuse, je ne comprenais pas comment j'avais pu être heureuse un jour. Mais l'inverse ne fonctionne pas, je vais finir par croire que pour moi, le verre est à moitié vide. Et à moitié plein aussi. Quelle remarque à la con !
Je flâne à travers Verlaine, Apollinaire, Aragon et Baudelaire. Ils me découragent tout en me donnant envie d'écrire moi aussi. Alors je noircis les minuscules pages d'un carnet immaculé. Et j'arrache, par poignée, les quelques pages d'écriture, je me sens médiocre dans mes tournures, dans les rimes ridicules que j'entreprends avec trop de vaillance. Je ne suis pas courageuse, enfin, pas ces temps-ci.
Ma prof d'italien m'a fait réfléchir quant au terme "profiter" et depuis, je n'ose plus l'utiliser. Je vous avouerai que ça complique bien des choses, il y a des phrases où l'absence de ce verbe se fait sentir, il semble tout prêt à se jeter hors de ma bouche et je le retiens prisonnier, recherchant vivement un autre mot pour le remplacer.
Depuis ce jour vain des amoureux, je n'ai plus revu l'Etranger et personne ne berce mes pensées. Ma faiblesse se révèle à moi-même, bien fière parce que j'essaie bêtement de chercher à penser à quelqu'un, mes pensées veulent se réfugier chez June, je peine à les retenir. En plus, j'ai parlé de lui avec ma soeur au concert des Girls in Hawaii mecredi soir, depuis c'est foutu, j'ai l'espoir de le croiser au détour d'une rue, comme il arrivait souvent il n'y a pas si longtemps. Mais faut croire qu'une force surnaturelle ( le destin ?) s'acharne contre moi, boulevards, ruelles et chemins restent déserts. Pas l'ombre d'un oeil menthalo dans le ciel à nouveau coloré. C'est qu'il était monochrome depuis pas mal de temps déjà, ne nous distrayant qu'à de rares moments, souvent lorsque la lune tardait à arriver.

J'étais à l'Orangerie aujourd'hui, au lieu de trouver un plan pour mon commentaire composé sur Une Charogne de Baudelaire. On a fait un grand pique-nique, et j'ai découvert une nouvelle sorte de pommes séchées, très moelleuses et acidulées sous la dent. J'ai fait comme si je savais jouer au foot. J'ai pris le soleil, senti la brise sous ma chemise à papillons. Il faisait tiède, beau, l'herbe était encore un peu humide des pluies de ces derniers jours.
C'est enfin le printemps. Et j'ai décidé de me prendre pour une fleur qui vit pour la première fois.
Une fois. Vous y croyez vous, aux sept vies des chats ? J'ai soif. J'ai bu beaucoup de volvic thé vert en revenant de l'Orangerie, mais voilà, maintenant je veux de l'eau.
Et je voudrais rencontrer un amoureux aussi.







Ecrit par ninoutita, à 18:31 dans la rubrique Journal qui se veut être intime .
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Mardi (25/03/08)
Vapeurs
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© Ninoutita



Je ne comprends pas, explique-moi, ces éclats de voix, ce sont des rires ou une engeulade ? En tout cas, ça fait un fracas épouvantable !
Je lis des blogs, enfin, je vous lis, je m'étonne, je rêve. Drôle d'attirance pour tous ces ils que vous évoquez avec toujours tant d'étoiles autour, et puis c'est toujours la même silhouette qui apparait à travers l'opacité de la toile, je la devine, je la désire infiniment et elle disparait. C'est une expérience habituelle, récurrente qui me laisse bredouille.
Derrière moi, il y a trop de bruit, je me demande où s'est enfui le silence.
J'ai rêvé d'amour cette nuit, j'ai rêvé que je savais jouer du piano et un garçon du lycée, que je trouve certes plaisant à regarder mais sans plus, partageait avec moi des discussions enflammées quant à la défense des baobabs. Il me proposait d'encercler ensemble tous les grands arbres de la planète, je m'écriais en riant qu'il était complétement fou, nos bras n'étaient pas assez longs !
Mais rêve un peu ma pauvre vieille, même lorsque tu es en plein dedans tu trouves quelque chose à redire, un petit détail cloche et ce sont tout tes songes qui s'effondrent. Château de cartes vaporeux, tu cherches en vain à te rendormir, retrouver la passion du garçon qui te parlait exotisme pendant que le tram glissait lentement, mincement soutenu par un pont translucide.
Le sommeil m'apparait encore comme salvateur et revitalisant, non pas par sa promesse de repos mais pour le travail doux qu'effectue l'inconscient.
Malgré les tensions qui me tiraillaient de l'intérieur, je ne m'endors pas pour oublier, je m'endors pour trouver du nouveau.
C'est fou comme mes rêves m'emplissent d'espérances neuves et fraîches qui se mettent en mouvement vivement, me laissant à peine le temps de reprendre mes esprits après que mon réveil ait sonné.
Puis le mouvement larvesque me reprend, je me traine jusqu'à la douche, la prends brûlante par lassitude sans doute.
Ensuite je m'observe de loin dans la glace, les yeux gonflés, le visage qui goutte, une expression déchue colle à mes pores.
Je ne suis décidément ni du matin ni de l'après-midi. Mais la nuit, vous savez, elle m'ennivre. Elle me donne envie de courir loin puis coller mon oreille contre le coeur de Luc pour savoir s'il bat encore pour moi. Plaisir presque masochiste puisqu'il ne m'attire plus. Et là, vous me crachez à la figure, je m'enfous c'est la nuit. Sauf que je réalise que peut-être que plus aucun de mes anciens prétendants ne songe encore à moi. Ca ne m'étonnerait pas.
Une sensation de liberté m'envahit, ça signifierait que Romain non plus, ça signifierait une pensée réellement indépendante.
Je m'égare.
Et je retombe toujours sur le même sujet. Je suis inlassable quand il s'agit de vous conter combien il était beau, sa nonchalance séduisante et son orgueil discret.
Mais ça m'exalte moins qu'avant. Je me répète, preuve que le souvenir n'est pas éternel, il s'effrite peu à peu.
Peut-être que lorsqu'il n'envahira plus mes sens, je n'écrirais plus.








Ecrit par ninoutita, à 20:22 dans la rubrique Journal qui se veut être intime .
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