Dimanche (31/01/10)
vivere


©Ninoutita
J'ai le bout des doigts tout sale, les mains sales, ah, vous dites, c'est déjà pris ?
Je voudrais creuser la terre comme Antigone, comme si j'étais à la recherche de moins de vérité, je veux me cacher de vos regards peu perçants, trop jaugeant. Comprendre l'âcreté dans la bouche, ce besoin de chocolat qui persiste malgré l'assouvissement de la faim, et la fin des partiels. Je viens de manger mais j'aurais encore envie d'ingurgiter quelque chose, pareille à un ogre. On a dit "la faim perpétuelle du loup", je le comprends tellement, lui, ce bouc-émissaire, il dévore des petits êtres blancs comme d'autres dévorent leurs semblables. L'homme est un loup pour l'homme, et l'air qu'on respire, l'air soit disant civilisé ressemble à un étang. Me suis plongée là-dedans, suis ressortie toute poisseuse. La gorge sèche à cause du rhume, à cause du froid, la peau qui s'écaille, je suis un méchant crocodile, je l'avoue.
Mauvaise, tu es mauvaise ! Jamais une mère ne m'a dit cela, jamais. Me suis faite bannir par moi-même, se faire bannir par soi-même, tu te rends pas compte ou quoi ? Tu veux des schémas explicatifs. Je ne pourrai pas, je ne suis pas... logique. Quelqu'un a dit, quelqu'un, n'importe qui, un proche, un moins proche, une connaissance, un corps étranger ruisselant d'insatisfaction, UN ENSEIGNANT : "Je ne peux comprendre les gens qui se disent dénués de logique. Leur constat est tout à fait consternant... illogique !".
Un enseignant, June ? Je ne sais plus vraiment. June n'avait rien d'un être mathématique malgré son caractère calculateur.
2010 porte un nom de science-fiction et June, celui d'une fille. Je ne me rendais pas bien compte lorsque j'ai commencé à parler de lui, à trop y penser. Mais ce surnom est si empreint d'une féminité qui ne lui sied pas ! C'est comme ma féminité à moi. Elle ne me va pas. Trop de formes, trop de muscles et ces os qui ne se montrent jamais. Honteux. Honteuse, comme lorsque je pleurais dans le froid glaçant, un vendredi ; il était près de minuit et mes yeux évitaient de rencontrer son visage. Ils se complaisaient dans la contemplation du sol, bêtement, je croyais tomber malade progressivement, que ma gorge s'enrouait, que mes yeux humides l'étaient simplement à cause du vent. Je ne supportais pas de perdre le contrôle devant lui, une deuxième fois, mais plus pour la même raison. La première, j'étais révoltée contre la mort, contre notre incapacité à agir contre elle. Mais cette deuxième fois, la raison de ma révolte était beaucoup plus ancré dans l'égoïsme et surtout, comme souvent en ce moment, dans l'orgueil. Et puis, j'ai fini par relever la tête, par orgueil encore encore encore, et j'ai plaqué mon regard sur le mur derrière lui, si bien qu'il aurait presque pu avoir l'impression que je le regardais dans les yeux. J'ai gueulé faiblement, comme une alarme silencieuse mais folle de rage, que je n'étais qu'une gamine. Bien sûr, il a rétorqué que non. Alors je suis sortie de ma cécité volontaire, je l'ai bien regardé, il s'en souvient certainement.
"Et le pire, c'est sans doute le fait que tout le monde continue à me répondre le contraire".
Plus tard, on s'est revu, je me suis beaucoup inquiété après t'avoir quitté cette nuit-là, qu'il m'a dit. Et moi de l'embrouiller par de grotesques manoeuvres, des duperies maladroites, "non tu sais, je me porte comme un charme. Ce que j'ai dit, oublies en l'intégralité. Ne retiens rien, je t'en supplie. Enfin, je te le conseille. Tu sais, on avait bu du vin blanc, de la bière, on n'avait pas mangé. J'étais faite, sans doute".
Les jeunes adultes sont fréquemment alcooliques.
Ecrit par ninoutita, à 01:34 dans la rubrique Journal qui se veut intime .
Lire l'article ! (suite de l'article + 4 commentaires)
Dimanche (24/01/10)
Vous ne croyez pas que vous en faites un peu trop ?


©Ninoutita
On met rarement de mots sur nos larmes. On les écoule, c'est tout. Comme un acte sexuel, en quelque sorte.
Une sorte de bilan aurait dû s'imposer, malheureusement, rien ne me venait. Je restais la main ballante au-dehors, sans cigarette. Elle était morte depuis quelques minutes mais le manque de sommeil, l'absence d'être me paralysaient dans la même position stupide, et j'aurais presque pu avoir l'air faussement détachée. J'étais bien ivre, très fatiguée et la temporalité n'existait même plus. Ma main se glaçait, je riais de cet état comme j'avais pu glousser dans le métro auparavant, entourée de fêtards raisonnables "J'attrape le dernier, je dois bosser demain". Demain, néanmoins, il faudra réviser, apprendre une histoire impalpable, dont il ne me restera bientôt que quelques traces dérisoires. Et donc, un bilan s'imposait et rien ne venait chatouiller ma mémoire. Ou bien, je mens. Je réalisais, l'alcool aidant malencontreusement, que ce n'était peut-être pas de l'orgueil mais de la crainte. La tête me tournait, mes mouvements étaient plutôt hésitants, j'avais l'envie impossible de mourir sur le champ, mais juste de rire. Je ne savais sur quel pied tomber. Alors, j'ai plongé dans le lit, les jambes en dernier. Je dormais tout habillée, bien heureuse, sans vouloir un corps contre mon dos. Je me contentais du sommeil, de la chaleur de la couette. C'était bon. Le lendemain, c'est encore bon pendant quelques secondes ; le temps que l'esprit reprenne ses esprits, le temps que la conscience émerge de la tiédeur de son contraire encore endormi. Et puis, tout est beaucoup moins drôle, moins enrobé de chocolat. Rien de grave, seulement la routine des jours de révision. On travaille vaguement, le nez dans des cours pris durant moins de quatre mois, et on ne peut sortir son nez de ces feuilles-là sans avoir un pincement de culpabilité. On voit des films, on mange du nutella, on boit du café et puis comme on est devenu maladroit, on casse la cafetière. Comment fait-on pour vivre sans drogue ?
Je tentais de la remplacer. L'appeler ! Je prétendrais au pur hasard, mais oui, en plus c'était un peu le cas, n'est-ce pas ? Je ferais des blagues, abandonnerais l'air grave que j'adopte maintenant à ses côtés. On irait manger un kebab, un hot-dog dégueulasse, bref on se remplirait la panse. On ne ferait pas l'amour, oh ça non. Je serais drôle, c'est sûr et indestructible, pourquoi pas ?
Finalement, je tombais sur la messagerie et coupais court aussi tôt à toute sorte de message débile et ironique que j'aurais pu y laisser. Je confirme ce qu'a pu penser mon double imbibé de caipirinha : la peur. Je cherche un peu d'amour comme à tâtons. Or on ne peut y réussir sans détermination. Mais la boule dans le bas du ventre est trop grosse, elle me coupe le flegme. D'ailleurs, j'ai toujours penser que c'est un trait de caractère complétement empreint de masculinité, le flegme. Tout ce calme, cette tranquillité, le contrôle. Ca cache forcément quelque chose, un truc extrêmement humain, très peu aisé à exhiber et que j'ai compris, assez rapidement, d'ailleurs.
On ne me la fait pas, désolée.
Ecrit par ninoutita, à 02:17 dans la rubrique Journal qui se veut intime .
Lire l'article ! (suite de l'article + 6 commentaires)
Vendredi (22/01/10)
I'm the hunter

©Ninoutita
J'en ai marre d'être une fille, j'veux être fatale. Voilà ce qu'elle a dit. Je vous rapporte ses pensées, ses pensées qui crèvent les yeux. Elle a beau les enfouir bien loin, comme elle a pu cacher sa jalousie, comme elle la cache toujours, maladroitement, consciente.
J'suis orgueilleuse, elle dit. Elle dit "j'peux pas faire contre". "Il y a beaucoup d'orgueils, des évanouis, des cruciaux, mais aucun n'est vital. T'as beau chercher, t'en trouveras pas. Les gens y croient, ils meurent pour ça. Mais ce n'est qu'un ramassis de foutaises. L'orgueil, ça paralyse. Ca te rend inactif. J'aimerai la voir y aller, et plus tard atterrir dans un film. Un bon."
"Je veux le voir se jeter dans mes bras." Elle s'époumone, silencieusement, trop silencieusement. "Mais pas tant que ça. Je suis sûre, il le sait. Et plus il le sait, et plus je tombe dans son panneau. Je m'évertue, me dé-vertu. Je me dévêtis dans des draps sales... et retourne dans les miens."
Comme s'il ne s'était rien passé.
"Je savais dire non". Puis elle a su acquiescer. Maintenant "c'est l'entre-deux. Ni oui ni non. L'indifférence." Enfin, ça dépend de la personne, non ?
Elle dit, elle parle beaucoup. "Tellement que je ne sais rien de lui. Je ne m'aime pas, mais par cette foutue logorrhée c'est..." comme si. Les mots lui viennent, en avalanche, sans relâche, pas le temps de les en empêcher. "J'ai peur des instants où l'on se regarde dans le blanc des yeux au lieu de combler les blancs dans la conversation".
Et l'horizon, y a l'horizon. "Vous la voyez souvent, vous ? A P., il n'y a qu'à B. que je l'aperçois. Elle se dresse, trop pleine, mutilée par l'architecture." Elle ajoute qu'elle n'est même plus bleu. "Toute pâlichonne, comment a-t-on pu vouloir la toucher du doigt ?" Silence. " Ah c'est un mot masculin ? Encore ? Décidément, ils nous volent tout. Même notre féminité."
Elle a raison.
Ecrit par ninoutita, à 21:41 dans la rubrique Journal qui se veut intime .
Lire l'article ! (suite de l'article + 1 commentaires)
Jeudi (14/01/10)
Oui mais les filles n'ont aucun dégoût


©Ninoutita
Aimer tant l'alcool que le corps en oublie de s'alimenter. La faim trépasse, la cigarette grille le reste d'envie de croquer qu'il me restait. Ce n'est pas une accusation, non, je ne t'accuse pas, je reste les jambes croisées, le regard, mon regard, tu sais, il s'accroche aux choses, il ne laisse jamais filer sans les avoir bien enregistrées. Et si c'était ça l'oeil photographique, ne jamais permettre aux gens de s'enfuir, aux gens mais aussi aux choses, à tout ce qui constitue un monde.
Je crois que Gainsbourg était clairvoyant ; oui, les filles n'ont aucun dégoût. Elles prétendent, leurs yeux s'emplissent de boules argentées mais ce n'est rien que du fard, une mascarade. Pourtant elles reviennent, elles sont toujours prêtes à pardonner, à absorber le mépris et oublier le mal qu'on leur a fait. Quant aux hommes, ce n'est même plus la peine d'en parler. Moi, j'aime bien rendre l'ordre des sexes aussi manichéen. Les femmes sont des mouchoirs, et les hommes alors ? Ils s'apparenteraient à des mouches. La femme, tu vois, c'est une merde. Ils s'agglutinent sur elle, la dévorent, ne la laissent pas reprendre son souffle jusqu'à ce qu'il n'en reste plus qu'un vide, un vide impossible à combler. Puis ils s'en vont sur une autre. Ils font mumuse, non c'est vrai, j'aimerais tellement agir comme ça moi aussi. Plein de filles sont parvenues à inverser les rôles, intervertir les clichés, rendre la chose moins drôle pour le mâle. Hier, toute une ribambelle d'hommes pleuraient. Les filles coupaient leurs jupes, coupaient leurs cheveux et Lars von Trier a même montré une fille qui se coupe le clitoris. Sauvages, volages, rivages. Rivagées. Ravagées.
Comme c'est intéressant ! Je me suis dit le tabac c'est tabou, j'arrête ! On écrivait une fiction à propos d'un vieux qui veut recommencer la cigarette (mais il n'y parvient pas) alors franchement, non vraiment, ça ne m'a pas réussi. Manque de volonté, je ne sais pas. A Noël, je n'ai pas fumé du tout. Oh si, un paquet en une soirée, vingt cigarettes dans tes poumons, dans leurs nez. Encore de la pulsion impulsive, de la mécanique, de l'incompréhensible. Alors, je voulais être imprévisible. Voilà que je le suis à moi-même : j'aurais désiré l'être ailleurs que dans un tube orange et blanc. Ailleurs, au Brésil, à l'arrêt parmentier, dans un sauna plein de gens nus, des corps laids qui se font beaux dès lors que la lumière est tamisée, dès lors que l'humidité les fait suer.
De la beauté dans cette azur de chairs sans enveloppes ; si ce n'était pas qu'une ligne bleu à caractère mystérieux, moins de gens auraient sauté des falaises.
Ecrit par ninoutita, à 00:55 dans la rubrique Journal qui se veut intime .
Lire l'article ! (suite de l'article + 4 commentaires)
Mardi (12/01/10)
changes

©Ninoutita
le 10/01/10
Jamais je ne prends la fuite.
La répétition d'un crédo qui ne fonctionne pas, qui n'a pour ainsi dire, jamais fonctionné. Tu ne comprends pas mon ton, mon ironie, mon humour bringuebalant, tu t'énerves même un peu et puis je deviens quelqu'un de foncièrement obsédée, j'aime le sexe, c'est comme ça. On est bien loin de la vérité, à des millénaires de ce que je ressens, c'est bien, je n'aurais pas trop perdu mon temps. Comment j'ai pu, comment j'ai pu ? Je réalise que tout ce qui, auparavant, n'était pas moi, l'était en fait absolument. J'ai trop bu, je dis des obscénités ? Méfiez-vous, c'est moi. Je suis désagréable, je ne sais pas mentir ? Non ce n'est pas simplement de l'impulsion, c'est moi. J'ai toujours été exigeante envers moi-même, j'aime bien me faire souffrir, me regarder d'en haut et dire "t'as vu comme tu craques pour rien ?". Mais je ne le suis plus exactement de la même manière. Maintenant... c'est... non ce n'est pas pire. C'est différent. Je prends conscience de mon inconscience. De mon égoïsme. Je me sauve toujours aux mauvais moments, je demeure lorsqu'il ne faudrait pas. Quelque soit le choix, je fuis. Ma bouche réclame du tabac. Je n'en ai plus, j'ai trop donné de cigarettes. Je suis cool voyez-vous, je donne mes clopes à qui mieux mieux. Mais seulement aux gens que je connais. Surtout aux garçons. J'ai un coeur mou. Tout mou, il éclate en sanglots pour un rien et fait couler mes yeux. Heureusement, je suis une éponge. J'absorbe mon orgueil blessé et je retombe sur mes pattes. Je tangue, je tangue, je reprends mon équilibre et je cours. Je fuis, toujours. C'est drôle, c'est de l'ordre de l'instinct, de la mécanique incompréhensible des muscles. Je ne cherche pas à éviter la réalité mais plutôt les conflits relationnels. J'ai envie d'un corps pour le toucher et me balader avec. Mais les corps ont souvent une tête, avec tout ce que ça induit souvent : un cerveau, par exemple.
le 13/01/10
Sa nouvelle copine a les cheveux bleus et une bouche très mince. Les miens sont un peu rouge et mes lèvres sont trop pleines. Grossies par les non-dits et des projets. Le bleu ne me conviendrait pas. J'aurais l'air de ce que je ne suis pas. Et surtout, tu ne m'aimerais pas plus. Pourtant qu'importe ton amour, je ne t'aime plus. J'ai tendance à mentir sur une seule chose : ce que j'aime, ou plutôt, ceux que j'ai aimé. June ? Romain ? J'ai beau demander "c'est quoi être amoureux ?", j'ai beau faire comme si ce sentiment était loin, très loin de tout ce que j'ai pu ressentir, j'ai souvent prétendu à l'amour. C'était ridicule, aussi ridicule que mon refus d'aujourd'hui.
Tu vois, je tourne en rond. J'écoute une musique qui parle de métro, du métro de Berlin. J'associe Berlin à l'été, et me voilà au Brésil. Il fait chaud, je nage dans un océan rempli de corps vivants, beaux, bronzés. Des pensées kitsch, une tequila sunrise entre les doigts. De la musique qui donne envie de faire l'amour, jazzy, stéréotypée. Ma soif apaisée.
Le quotidien n'est jamais comme on a pu l'imaginer. J'arrête de me complaire dans le futur, c'est trop souvent décevant ou au mieux, surprenant. Parfois, c'est pire. Je cherche, je cherche trop. J'aimerais agir beaucoup plus au lieu d'écrire dans ma tête. Tous ces textes qui restent au stade de pensées et ces photographies qui demeurent des images mentales sans matérialité me donnent des vertiges. Je fais comme si j'étais créative, comme si j'étais indépendante. Jusqu'où le suis-je vraiment ? La fac dévore pas mal de mon temps. Moi qui croyais que cette première année parisienne ne serait pas pareille que les années de lycée, de collège, d'école. C'est toujours la même paralysie. Ca n'a rien à voir avec le contexte, c'est simplement caractéristique d'I.
Ecrit par ninoutita, à 16:19 dans la rubrique Journal qui se veut intime .
Lire l'article ! (suite de l'article + 0 commentaires)
Dimanche (27/12/09)
A s'y méprendre



©Ninoutita
Je me suis enterrée et personne n'a voulu le croire. J'ai crié "maman, maman, viens voir !" mais personne n'est venue me regarder. Ce n'était ni Marilou sous la neige, ni BB sous le soleil, c'était I. qui courait après le soleil sous la neige. Puis tout a fondu, les rêves sont redevenus des complexités. Je n'assassinais plus de députés, je ne ratais plus mon train, j'étais bêtement en sueur dans mon lit.
Je m'obsède, j'ai besoin d'obsessions pour avancer. Avant, j'appelais ça des projets, j'y croyais vraiment. On m'a fait remarqué que les projets restent souvent au statut d'ébauche ; mal pensé, jamais réalisé. J'ai décidé de changer de mot, celui d'obsession s'est imposé de lui-même.
Les fêtes ne me font plus danser. Nous sommes dans le pire des états, loin l'enfance, pas tout à fait adultes mais plus vraiment adolescents. De grands enfants adolescents presque adultes, on n'y comprend rien. Ce statut me rend lunatique, illogique, enthousiasmée, mal dans ma peau et sûre de moi. Mais surtout, loin. L'âge adulte exigerait de moi d'être absolument ancrée dans la réalité. Mais je ne suis pas une adulte. Même les adultes ne le sont pas, ils ont toujours autant besoin d'être entouré, rassuré sinon comment expliquerais-tu ses larmes ?
Mais j'aimerais qu'elle s'attarde un peu sur mes cernes, qu'on me plaigne. Ma grande soeur me relaxe, elle a des histoires d'adolescente, se sent comme à quinze ans mais quinze ans plus tard. Je l'envie, j'ai envie, envie de l'imiter, mais Janvier me fait peur. J'ai envie de fuir, j'étouffe à S., je grouille d'angoisses à P., n'y a-t-il pas une entre-deux plus sereine ?
En parallèle, il y a une histoire sans parole (et sans suite), rien que des bruissements de draps, des bouts de nuque, une cicatrice, des accents drôles et le froid mordant.
"- Qu'est-ce que tu de ça attends exactement ?
- Oh bha de réussir mes examens et de continuer la photo.
- Je ne te parlais pas de ça."
Je fonce droit dans le mur. Mais j'aime bien jouer à l'héroïne à défaut d'être sa drogue. J'ai l'habitude de me complaire dans des situations à risque. Néanmoins, celle-ci comprend un bémol bien moins amusant que d'habitude : en me ramenant un peu trop à moi-même, elle m'éloigne des autres.
Hé ! Narcisse ! Narcisse ! Viens là que je te regarde. Que tu es laide ! Et perdue ! Tu es vivante, toi ? A t'regarder, on ne le penserait pas. Cette idée ne nous viendrait jamais à l'esprit. Pars un peu de toi-même, fous le camp de ton cerveau, fais quelque chose ! Cours nue dans un champ glacé, mange un avion, jette toi d'une balançoire mais agis !
C'est bien joli de se réfugier dans des images et de la musique, il n'empêche que les autres demeurent.
Décidément, je n'aime pas les vacances.
Ecrit par ninoutita, à 17:00 dans la rubrique Journal qui se veut intime .
Lire l'article ! (suite de l'article + 14 commentaires)
Vendredi (11/12/09)
Féminin-masculin


©Ninoutita
Une longue femme blonde promène son corps le long d'un quai, quai de gare, quai de Seine, peu importe, elle le promène, il se meut sur ce quai lentement, ondulant mais surtout grave et désolé. Plus tard, je la retrouve dans mon wagon, elle est montée dans le métro un peu limite, les portes se sont refermées juste après son entrée, et un souffle d'air chaud d'une quelconque grille d'aération lui a soulevé ses mèches. Oh Marilyn, Marilyn.... Elle reste debout un temps, puis s'assiéra en face de moi. Je la fixe, la dévisage, lui dévisage ses jambes magnifiquement interminables, son buste élancé, ses seins et je n'ai jamais su quoi dire d'eux, je la décorps. Mais elle ne jette même pas un oeil à l'inconnu en face d'elle, à force de s'être fait scrutée, elle ne sent plus les regards des autres. Elle reste insensible, le port de tête parfait. Et je me dis que cette robe est bien trop coquette pour être portée en pleine journée, et nous ne sommes ni samedi ni dimanche, c'est l'après-midi et elle porte des talons aiguilles sang, une longue robe anis foncé avec une fente qui laisse apercevoir un début important de cuisse fine. Un manteau simple, assez long. Les cheveux impeccablement brossés, les lèvres irréprochablement peintes.
Cette femme est tellement femme, son allure est si féminine qu'elle en devient masculine. Je ne sais comment se fait la métamorphose, ce subtile glissement entre le trop et le nouveau, mais il est là, devant mes yeux et ne m'empêche pas, en tant qu'homme, de l'aimer. Je l'aime, je ne la connais pas, et c'est encore plus délicieux. Je l'aime comme toutes ces femmes trop belles croisées dans les rues ou dans les bars, je l'aime car elle ne semble plus très bien savoir si elle fait partie de l'humanité ou non. C'est une extraterrestre, un être hybride mi plus que femme, mi moins qu'homme, impénétrable et ceci dans tous les sens du terme. Comme toutes les autres, sa peau est lisse et ses yeux charbonneux sont humides. Elle est malheureuse, mais pas à cause de l'aspect morne et exténué de son visage comme c'est souvent le cas de celui des parisiens sous la lumière grisâtre du wagon, non, elle est malheureuse derrière le satin de sa peau. Même son très bon parfum boisé a l'odeur du désespoir, et je m'interroge, pourquoi cette amertume, quelles en sont les raisons, pourquoi, pourquoi, pourquoi ? Je ne peux ni la toucher ni lui parler, je suis un inconnu, un homme de surcroit et le moindre mouvement de ma part l'effaroucherait. Elle décroiserait simplement ses jambes, s'excuserait et se lèverait deux stations avant la sienne afin de m'échapper, de fuir loin de cet homme un peu trop démonstratif. Alors je n'agis pas, mes yeux restent fixés sur elle. La vieille dame assise à côté d'elle me regarde l'air absolument outré ; comme si j'appartenais à la race infâme des hommes dont les yeux se jettent sur des fesses rebondies et les suivent jusqu'à ce qu'elles disparaissent au détour d'une rue ou derrière un autre passant. Cette vieille femme confond tout, elle confond ma fascination avec le simple instinct, elle prétend savoir mais ne sait rien. Elle m'accuse silencieusement grâce à son regard excessivement indigné. Et la honte surgit en moi sans crier gare. Elle se noie dans mon ventre comme se noie la nostalgie. Nostalgie d'avoir raté son départ, trop occupé à penser à l'opinion que la vieille femme pouvait avoir de moi. Pendant ce temps, ses grandes jambes se dépliaient sans bruit, son corps entier se hissait et me laissait seul au milieu d'autres banals passagers. Elle est partie, ma belle. Elle est partie alors que je jouais trop bien à fixer les entrailles noires du tunnel, que je prétendais ne pas vouloir la scruter. Les portes se sont ouvertes, un souffle moite sorti de nulle part lui a soulevé ses beaux cheveux et elle s'en est allée, perdue à jamais.

©Ninoutita
Ecrit par ninoutita, à 17:18 dans la rubrique Journal qui se veut intime .
Lire l'article ! (suite de l'article + 4 commentaires)
Vendredi (04/12/09)
nuques



©Ninoutita
En réécoutant cette chanson, j'ai été prise d'une crise de sanglots d'une demi-minute. J'ai suffoqué, un court instant. J'ai du mal à tracer la deuxième ligne qui composera la croix. Ca ne marche pas.
A côté de ça, je suis hantée par toutes sortes de projets, j'ai besoin de photographier des corps, et des visages, et surtout des nuques. Je veux voir tout le monde de dos, éviter les regards.
"Elle disait être déstabilisée par son propre regard. Devant le miroir, elle avait peur, peur de tout ce qu'il pouvait contenir de faiblesse et d'incertitude, d'inquiétude sans doute aussi.
C'était narcissique ; ce n'était pas rare qu'elle se le reproche."
"Un soir, ça l'a repris. Elle s'est scruté de fond en comble dans le miroir. D'abord de face, puis elle a tenté de regarder son dos, sa nuque, ses fesses, la manière dont sa jambe se creusait au niveau du genoux. Ce n'était ni par complaisance, ni par dégoût de soi. Simplement pour se rafraîchir la mémoire, comme se dire tiens, mon corps est comme ça."
"Ce qui lui manque le plus, c'est le corps de l'autre. Elle a toujours trouvé beau les seins de sa soeur, les mains de son père, la peau de son autre soeur, le sourire de sa mère, le sourire de son frère. Elle a toujours apprécié être le mélange de tout cela. De ne pas tenir que de la mère, ou que du père."
Mais cette chanson. Pourquoi continuer à l'écouter ? C'était en buvant le prosecco. On ne s'était pas touché à nouveau. Rien. Pas encore. En écrivant ces mots, les larmes me reprennent.
"A partir d'un homme en particulier, elle a dit détester le romantisme. Cependant, elle le pratique dans chaque souvenir avec lui. Pourquoi avec lui et pas avec les autres ? Pourquoi ?"
"- You idealize me.
- I assure you I don't. I know you have one of your nostriles bigger than the other, I know you can be quickly in a huff."
Mais où commence le vrai ?
Ecrit par ninoutita, à 15:00 dans la rubrique Journal qui se veut intime .
Lire l'article ! (suite de l'article + 10 commentaires)
Samedi (28/11/09)
butterflies in your stomach



©Ninoutita
Il m'a fallu deux mois pour comprendre que mon quotidien n'était plus le même. Partir n'était pas anodin. C'était quitter les vraies certitudes. Et maintenant ? Quelque chose plane, qui me concerne foncièrement mais que je ne parviens pas à cerner. C'est la saison des changements, les arbres quittent leurs feuilles et inversement, j'ai quitté le nid, je meurs d'envie d'y revenir tout en étant émerveillée par le nombre de voies possibles englobées par Paris. Mes états d'âme changent selon les heures, je ne suis pas lunatique, non, je suis pire.
J'ai écrit à Kiss que je l'avais aimé pendant un an. Il m'a dit "butterflies in my stomach each time I saw you". Each time c'est quatre fois. Trois fois à Florence, une à Berlin. Maintenant il est amoureux. Oh non, pas de moi ; d'une allemande. J'ai sombré dans des pleurs, heureusement que L. était présente. Je me suis endormie avec le goût des larmes. C'était il y a une semaine et demi environ. J'essaie de ne penser qu'aux papillons, j'ai maintenant la certitude qu'il m'aimait bien. Il m'a dit qu'il était en prison à E., que j'étais à Paris. Ca veut dire quoi "être à Paris ?". Jouer ? J'ai joué il y a trois semaines, et je n'ai plus vraiment envie. Je suis lassée des étreintes sans lendemain et j'ai l'impression que ce sont les seules que ma peau ait connues. Il n'y en a aucun qui m'ait pris au sérieux. J'ai été un jouet ; je ne le serai plus. Oui, je n'ai vraiment plus envie de jouer. Un ami s'étonnait lorsque je lui disais que j'étais la même avec tout le monde. Ne pas changer en fonction des gens avec qui l'on est lui paraît improbable. Pourtant je n'ai pas le sentiment de jouer un rôle différent avec ma famille, mes amis, mes amants, mes inconnus. Deux, trois garçons amoureux de moi sans réciprocité m'ont dit que j'étais une fille "entière et vivante". Parce que les autres ne sont que des bouts d'hommes ? J'ai pu trouvé ça flatteur sur le coups, maintenant cela me semble ridiculement transpirant de fausseté. Parce que je rie facilement, parce que je pleure pour un rien, je suis entière. Parce que je suis toujours à fleur de peau, quelque soit la situation, je suis vivante. Alors ceux qui parviennent à mieux se contrôler sont des zombies ? Ca fait beaucoup !
Ecrit par ninoutita, à 02:41 dans la rubrique Journal qui se veut intime .
Lire l'article ! (suite de l'article + 5 commentaires)
Vendredi (13/11/09)
schématique et sans suite

©Ninoutita
le 2/11/09
as-tu fait bon voyage ? Je ne voudrais pas te peser, ta conscience est-elle aussi aiguë que la mienne ? ne doit-on pas nous oublier, vivre, vivre et oublier les questions.
Tu vois, c'est toujours les nuages qui laissent place à l'azur odorante du ciel. ca sent la pluie mais le soleil resplendit, je sais, tu préfères les hivers maussades, comme en arrêt sur images, aux soleils qui te mordent les yeux.
J'aimerais comprendre ce qui motive chacun à vivre. Un seul projet me suffit. J'aime la vie, même lorsque je m'endors à minuit les larmes aux yeux, le mal de ventre qui colle à la peau.
le 11/11/09
Tu es comme ce qu'on dit de l'argent, tu n'as pas d'odeur. Tu t'es tourné et retourné entre mes draps, mes doigts et ça toute la nuit mais ton parfum ne demeure pas. Je ne comprends pas comment cette absence peut être possible, je ne comprends pas.
Sylvie est morte, et je n'assisterai pas à l'enterrement. Je n'ai pas la force de voir le monde pleurer, de me sentir pleurer, ou de risquer les yeux secs.
C'est comme un alinéa avant une phrase, un alinéa qui a duré le temps d'un cancer vicieux, les cellules qui se désagrègent à petit feu.
En l'espace de trois mois, j'ai vécu deux fois le même schéma. Mais la deuxième fois est plus douloureuse. Oh pas pour moi. Elle me convient (enfin, je me le fais croire). C'est l'autre qui souffre, qui s'enlise dans de noires pensées. J'essaie de penser en mâle, donc plutôt mal. Je consomme, je jette (le pincement au coeur qui survient à l'instant où j'en fais un déchet contredit tout ce que j'ai pu écrire jusque là). Il n'y a nulle trace de Kiss dans ce que j'écris-là, ou seulement la même expression d'abandon contrôlé pendant l'amour.
Je ne recherche aucune stabilité. Aucune stabilité. Seulement une légère esquisse d'exclusivité. D'exclusivité. Prend qui tu veux, je m'enfous. Mais ne lui propose pas d'aller voir une exposition après. Ca c'est pour moi. De toute façon, je ne suis pas douée en amour. Je le suis en sensualité, en douceur. En aigreur aussi. Mais le sexe, tu sais, je m'en fous. J'ai juste besoin de sentir la peau. Rien d'autre. J'aurais pu rester vierge toute ma vie, seulement les autres ne veulent pas que les relations se déroulent ainsi. Ils veulent voir comment c'est à l'intérieur. Ils veulent plus et finalement ne gagnent que du moins.
Qui oserait me contredire ?
Je veux voir du LYNCH, je veux voir du CLAIRE DENIS. Je ne supporte pas que ma faim reste en suspens, que je doive me contenter d'extraits. Je veux tout, tout de suite, sans concessions, sans scrupules ridicules, sans arrières-pensées.
Le problème c'est que je suis toujours hantée par des pensées.
Et ils finissent par s'en douter. Entre mes bras.
Ecrit par ninoutita, à 19:04 dans la rubrique Journal qui se veut intime .
Lire l'article ! (suite de l'article + 2 commentaires)
Articles suivants
