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Vendredi (26/06/09)
Feeling without touching

©Ninoutita



"- Quelle heure est-il ?
- vingt-trois heures, cinq heures, peu importe.
- Pourquoi tes cheveux caressent mon visage, pourquoi ton visage est posé sur mon oreiller, pourquoi es-tu venue, pourquoi reviens-tu sans cesse ?
- Je sentais que ce serait la dernière fois que je passerais par ici. Non, pas le dernière fois, seulement la dernière fois pleinement consciente.
- Tu pars, je savais que tu partirai. Et franchement, j'ai presque soupiré de soulagement en sachant que tu n'avais pas été prise au L. J'imaginais que tu resterais à S., que tu continuerais à m'aduler doucement, avec ta maturité bizarre qui s'en prend à mes sentiments.
- Mais je m'en vais bien finalement. J'ai tout de suite décidé de partir. Je ne t'ai rien dit. J'ai voulu voir comment tu réagirais et tu n'as pas réagi. Maintenant tu avoues tout. Tu es toujours en retard : à nos rendez-vous d'avant, à nos actes manqués d'aujourd'hui.
- Très drôle.
- Tu vas jusqu'à me voler mes répliques.
- Tu n'aimes pas qu'on répète ce que tu as dit, tu hais qu'on te ressemble. Enfin, tu dis souvent ne pas savoir ce qui te caractérise.
- Ne parle pas de moi.
- De qui veux-tu que je parle ? Tu es devant moi en ce moment, allongée dans mon lit, ma copine pourrait venir d'une minute à l'autre et...
- Et rien du tout, je vais m'en aller. Je ne comptais pas m'attarder dans tes draps. Ca ne m'intéresse plus. Mais j'aime leur odeur. Elle m'imprègne. Ne me quitte même pas lorsque je retrouve les miens. Elle est toujours planquée dans mon coussin, au creux de mon coude. Tu n'es plus qu'une odeur pour moi.
-Mais je sais que tu portes beaucoup d'intérêt aux odeurs.
- Plonge-toi dans la javel.
- Ne dis plus de bêtises comme ça. Ca en devient presque blessant.
- Tu ris aussi.
- Ta tête me fait rire.
- C'est un bien joli compliment.
- Ce serait bien qu'on finisse sur un drôle de compliment, un compliment maladroit.
- C'est bien qu'on en finisse.
- ...
- ...
- ...
- ...
- Tu fumes des Benson and hedges ?
- Ah heu, pourquoi ?"

Il sourit de ma mauvaise foi. Je n'avais que leur couleur, qui diffère de celle qu'il fume, pour me défendre. Je l'ai charrié, c'était comme si je faisais ça pour la dernière fois. Dans l'après-midi je m'étais suis sentie minable. Minable en prenant mon billet de train, minable en mangeant une barre chocolatée, minable en marchant pieds nus dans le jardin, minable sous le jet glacé de la douche.
Il a fini par presser ses lèvres contre les miennes, assez furtivement, et puis je suis sortie, j'ai claqué la porte pour qu'elle ferme. Je suis restée cinq minutes devant l'ascenseur. Je suis revenue, j'ai toqué. Il a rouvert la porte, je lui ai plaqué un baiser sur la joue. Il est allé s'assoir à la table du salon, pris une cigarette en jouant avec son paquet de manière à me provoquer. J'ai pris une chaise en face de lui. La porte d'entrée était encore ouverte. On s'est regardé dans l'obscurité. Il y avait de la musique, comme à chaque fois. Elle résonnait faiblement, mais je savais très bien de laquelle il s'agissait. Je me suis rendue compte qu'il avait mis celle-ci juste après mon départ. Etait-ce un hasard ?
L'an dernier, en juin, je mettais toujours les mêmes musiques en venant chez lui. Un fameux matin d'octobre, en me réveillant avant d'aller en cours, je l'avais réveillé en fredonnant cette chanson avec ma voix cassée du matin. Et ça m'a repris alors que j'étais assise en face de lui. Son regard s'est échappé au mien, comme une adolescente. J'ai eu pour la première fois conscience que j'arrivais à provoquer un certain trouble en lui. C'aurait dû me gonfler d'orgueil mais je n'ai ressenti que de la tristesse. Il était plus de minuit maintenant. Il n'y avait plus de musique. Il est parti dans sa cuisine, en me laissant seule sur ma chaise. La circulation de mes mains étaient coupées à cause de la mauvaise habitude que j'ai de m'assoir dessus ; ce n'est pas très malin. C'est comme arracher ses cils.
Alors, j'étais seule. Dans le noir. Sans musique. La porte d'entrée ouverte, la fenêtre toute béante.
Il est revenu rapidement, avec deux tasses de thé. On aurait dit un vietnamien, il n'y a qu'au Vietnam que j'ai vu des gens boire du thé brûlant alors qu'il faisait quarante degrés à l'ombre dehors. J'ai avalé ma première gorgée en lui disant qu'il devait avoir quelque origine asiatique. J'ai avalé ma dernière gorgée en papotant avec lui comme deux vieilles copines.
Il a insisté pour me ramener chez moi. En roulant, la pluie a commencé à tomber. J'ai dû lui rappeler que les essuie-glaces existaient. On s'est quitté sur des banalités et après un long silence, j'ai claqué la porte de sa voiture. J'ai la mauvaise habitude de fermer les portes trop fort. Je mets toujours trop d'élan dans mon geste. En partant, j'ai croisé son regard dans le rétroviseur. Je me suis surprise à perdre quelques larmes.

A chaque fois qu'on se voit, on essaie de boucler la boucle. De clore, enfin. On n'y parvient jamais tout à fait. Comme à tous nos autres adieux, j'ai le sentiment que c'est la fin. Que je ne trainerai plus jamais entre ses bras. Je pars à Paris, il a encore une nouvelle copine, il est trop âgé pour moi. Non, le problème ne réside pas réellement dans notre différence d'âge. Je n'aboutis jamais à une solution. J'ai hâte d'être à Florence, de voir Berlin, de trouver un appartement à Paris. Mais au fond, les mêmes errent constamment dans ma tête. Depuis longtemps. Je passe vaguement à autre chose ; je feins d'avoir d'autres envies. Mais finalement, il y en a seulement trois qui m'ont vraiment marqué. Ma relation avec ses trois est facilement définissable : complication, désir, absence, interdit et puis, la fugacité. Chaque moment a été rapide, j'ai eu à peine le temps d'en profiter.
Je les ai beaucoup racontés ici. C'est une farandole de sous-entendus masculins. Ils occupent mon esprit, mais laissent aussi beaucoup de place à d'autres choses. Des choses plus vraies, mieux définies, à portée de main. Je parle d'êtres humains comme de livres. J'ai appris petit à petit que des gens que je fréquente plus ou moins me lisent. C'est probablement dangereux pour moi. Oui, dangereux !




Candy Castle - Glass Candy



Ecrit par ninoutita, à 02:50 dans la rubrique Journal qui se veut intime .
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Mercredi (24/06/09)
Sous le fardeau de ta paresse

©Ninoutita



J'ai les jambes lourdes de nicotine et de rosé. J'aurais voulu me réveiller à l'aube, le corps recouvert de rosée. Mais j'ai fini par rentrer, les paupières lourdes dans une moiteur nocturne emplie de solitude. Rien ne se mouvait, hormis quelques branches vertes. J'avais l'impression que mon vélo et moi étions les deux seules éléments mobiles de la planète. De temps en temps, le bleu d'une télévision éclairait une fenêtre. J'ai toujours trouvé cette lumière déprimante, mais hier, elle me semblait encore plus mortelle que d'habitude. C'est l'après-coup des examens, le contre-coups du vin, et d'avoir parlé à Kiss au téléphone, à deux heures du matin, alors qu'il est à Istanbul, donne une dimension surréaliste à cette nuit. Aujourd'hui, je suis dans le flou. Le soleil me brûle la peau, et je n'ai plus faim. L'été est tellement là qu'il m'échappe presque. De là où j'écris, je ne vois que les toits et les cimes roussies. Et si le bruit des voitures n'était pas présent, j'aurais encore une fois le sentiment d'être complétement seule.
Je devais chercher des auberges de jeunesses à Amsterdam, Bruxelles, la côte belge, Copenhague mais je n'ai rien fait. Mes mouvements sont lents, et toujours ce flou dans le champ de vision. Non, je n'ai pas besoin de lunettes. Seulement d'émerger de l'indolence dans laquelle je suis blottie. Il faudrait que mes pieds sentent la terre sous leur plante, que mon regard s'attarde plus sur les êtres que sur ce qui les entoure. Télévision, cimes, toits n'ont pas d'âmes et sont de ce fait plus reposants.


Baudelaire - Serge Gainsbourg



Ecrit par ninoutita, à 21:17 dans la rubrique Journal qui se veut intime .
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Lundi (15/06/09)
Manger ses cigarettes, mordre dans sa tasse mais ne surtout jamais l'avouer.
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©Ninoutita



Et finalement : une chambre d’hôtel poisseuse, des rideaux lourds de velours troubleront la lumière du jour. Assise sur un tabouret croulant devant un minuscule bureau de bois pourrissant. J'écrirai durant la nuit sur un balcon au bord de la chute et sur lequel je ne pourrai tenir que debout. Mon jour sera occupé par de longues siestes des quelles j'émergerai moite et plus inspirée que la veille. Salade, viennoiseries et viande rouge constitueront mon repas principal. Les mojitos dégustés pendant l'après-midi me plongeront dans un état permanent de dégoût de moi. La nuit, leur saveur me saoulera de bonheur. Personne ne m'éditera, des faux amis et d'agiles amants proposeront de prendre soin de moi. Mais personne n'en prendra la peine. Je mourrai sûrement trop vieille, une benson and hedges gold coincée entre les dents.
L'hôtel sera devenu désaffecté le jour de mes trente ans. Je manquerai d'y mettre le feu jusqu'à mes quarante ans mais finirai par brûler mes épais rideaux comme pour effacer les mauvais rêves. Je serai sans doute un peu folle, entourée d'une horde d'ignares hypocrites qui profiteront de ma générosité misérable.
Je pourrais peut-être gagner ma vie en écrivant de faux faits divers, inventant un crime passionnel, rembourrant mon article minable par l'évocation d'une lumière blafarde, de problèmes d'argent et d'amant pas doué. Les lecteurs adoreront et je serai sans doute dégoûtée d'être anonymement reconnue pour mes conneries et non pour mes romans.


Il n'y aura pas de Sartre, il n'y aura pas d'aventures lesbiennes, toujours les mêmes traîneront dans mon lit aux draps sales.




Et toute cette histoire m'est venue en me demandant quel métier j'allais exercer plus tard, ou plus simplement qu'est-ce qu'il me plairait de faire plus tard. Je veux bien être un écrivain très reconnu, et photographe également, voyager partout dans le monde, avoir une résidence en Toscane entre Florence et Sienne, un appartement à Paris, un loft à Berlin et paradoxalement faire de l'humanitaire en Afrique. Une riche charitable en somme.


Comme je me le criais pratiquement hier : "les miracles existent, ils viennent d'Allemagne et font deux mètres". Sans la surprise, on peut traduire cela par "Kiss a donné des nouvelles. Il est à Istanbul en ce moment pour ses études. Il serait heureux de me revoir à Berlin.". Bien sûr, l'e-mail commence par une bonne dose de mystère fondamentalement, radicalement masculin : it takes to much time to write down what happened but i promise, it happened a lot. Il m'a écrit cela alors que mon sms se limitait ni plus ni moins à "fais pas le con et donne-moi des adresses de bars et boîtes de nuit berlinoises". Pas de sentimentalisme, ou bien juste à la fin en signant "Love". Mais ce n'est qu'une formule de pure politesse, non ?
Je crois que trop longtemps j'ai été un coeur d'artichaut. Je le dis et le redis, au soleil ou sous l'averse, j'étais une Bovary et j'ai sûrement encore énormément de séquelles.
Mary - Supergrass



Ecrit par ninoutita, à 00:11 dans la rubrique Journal qui se veut intime .
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Samedi (13/06/09)
Ce n'est pas ma faute
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©Ninoutita



J'ai les lèvres qui éclatent, elles se meurent en prenant la forme du dernier des champignons atomiques, du moins je l'espère. Le champignon atomique de l'atmosphère puisque sous la mer tout est permis. La mer m'effraie, les cieux m'effraient, la terre m'exaspère. Tout ce qui m'effraie m'attire, le goût du risque pique, est âcre; j'adore ça.
Dans chaque reflet on aperçoit leur doigts salissant qui troublent la limpidité d'un verre. Ils caressent leurs entrailles, n'embrassent jamais la chair sans avoir d'idée troublante.

J'angoisse, vraiment. Je perds le sens, je ne parviens pas à aligner deux phrases cohérentes. R. est mort : la perspective du futur proche l'a floutée comme l'aurait fait un mauvais photographe. J'ai demandé à mon chien si elle savait penser. Je ne l'ai pas laissée répondre, je l'ai coupée dans son silence de bête, j'ai rétorqué rapidement qu'elle était un être mû par son instinct, que la perspective d'un pour soi n'était pas envisageable. Plus qu'un jour. Je ne me sens pas la courage d'affronter deux inconnus, leur raconter comme Bergman est génial, comme Sherman est drôle, comme Magritte m'ennuie ! Il le faudra pourtant, avec de beaux arguments, avec de solides connaissances, le sourire. J'ai toujours su sourire en dansant, pourquoi pas en stressant ? (peut-être parce que la situation n'est pas identique)


Florence est belle jusque dans l'angle que ses édifices forment avec l'azur, jusque dans l'inclinaison intime de ses volets verts. Car ils étaient verts.


Sea with a sea - The Horrors



Ecrit par ninoutita, à 01:17 dans la rubrique Journal qui se veut intime .
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Mercredi (10/06/09)
J'ai deux amours
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J'ai deux amours, Paris et l'Italie. Oh bien sûr, j'aime aussi les petites rues de Strasbourg, le bruit sourd et continuel du moulin en face de chez moi, la mauvaise odeur des quais et les cigarettes partagées, l'immensité de la cathédrale, l'appartement de Monk, enfin tout ce qui fait de Strasbourg une ville natale agréable à vivre. Mais bientôt je vais me partager entre Strasbourg et l'un de mes amours... la capitale. Je n'ai malheureusement pas été prise à l'école du Louvre comme je le sentais mais j'ai été reçue à la Sorbonne, en médiation culturelle. Plus j'y pense et plus cela paraît me correspondre mieux. Et comme j'aime aussi l'Italie, je vais peut-être faire une double-licence en faisant de l'italien en plus.
Quand j'ai appris que j'étais prise, j'ai tout de suite songé aux spectacles de la comédie française que j'allais voir, aux expositions que j'allais pouvoir visiter et puis bon, aussi, aux nuits blanches.
Ensuite, l'angoisse m'a rattrapé. Toujours la même, elle dure depuis que je suis en âge d'avoir conscience. J'ai toujours craint le moment où je quitterai la maison parce que je suis la dernière de quatre enfants mais aussi parce que j'ai toujours peur de ne pas avoir assez profité de ma famille, surtout de mes parents. Je me suis rapidement rendue compte que mes craintes étaient vaines étant donné que je rentrerai à Strasbourg le plus souvent possible. Comme j'écrivais à M., j'ai tendance à me sentir comme une petite fille à son premier jour de classe. Trop fragile, trop nostalgique.
Hier, j'ai perdu mon temps sur internet pour chercher une location, un studio pas trop petit, pas trop cher, j'arrive à trouver à des 20m2 pour moins de 600 euros, c'est pas trop trop mal. Ma seule exigence est la luminosité. Je veux avoir droit au soleil.


Forest and Sands - Camera Obscura



Ecrit par ninoutita, à 14:01 dans la rubrique Journal qui se veut intime .
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Vendredi (05/06/09)
Too drunk to fuck
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Je trépigne vraiment d'impatience mais je sais bien que le 24 arrivera bien trop rapidement. Chaque odeur me rappelle celles des vacances, celle entêtante de l'air conditionné comme celle de l'huile d'olive. J'ai toujours été très sensible aux odeurs, c'est peut-être là mon sens le plus développé. C'est sans doute mon seul moyen de parvenir à une réminiscence, sans petit gâteau ni tasse de thé. Ces derniers temps, je me sens bizarrement sereine, bercée par mes révisions, les derniers albums de Beirut ou Grizzly Bear et les images du dernier Almodovar.
Et ce soir ma seule crainte est que la pluie arrive trop tôt ou que je ne puisse jamais voir Teorema de Pasolini. De minces craintes, du superflu. Depuis hier, il semblerait que les collants soient à nouveau de mise. Le fond de l'air est frais à seulement quelques jours de l'été.
Hier d'ailleurs, j'ai croisé deux des garçons que j'avais rencontré le premier jour de l'été et notre rencontre s'est résumée à de l'ignorance. Pourquoi ignore-t-on les gens à qui on a déjà parlé ? Tout le monde agit comme si le domaine des relations exigeait un grand tri. Je serais plutôt d'avis à parler à chacun, savoir un peu comment il va. Souvent pourtant, j'apprécie le fait que quelqu'un fasse mine de ne pas me reconnaître. Cela m'évite d'être impolie. Mais dans le cas des deux garçons, c'est un peu blessant. J'avais tout de même partagé un bout de matelas avec l'un des deux. Et je l'ai vexé ensuite. Finalement, je suis trop souvent indifférente. Je pars sans demander mon reste, j'enfourche mon vélo et je pédale rapidement, très rapidement, pour ne pas entendre une voix me criant de revenir. En fait, je crois avoir compris pourquoi surtout l'un a feint l'ignorance ou la cécité. L'un des défauts que j'ai souvent noté chez le sexe masculin est la rancune. Les filles font semblant d'être rancunière pendant que le garçon restent plongés dans un parfait mutisme. Et pendant ce temps, les ressentiments bourdonnent.

Il est 00:11, j'ai commencé cet article vers 18h. J'ai un peu trop d'alcool dans le sang, les paupières lourdes. Je frôle l'insuffisance respiratoire : j'ai encore pédalé trop rapidement, et sous la pluie.

J'aurais besoin d'écrire énormément mais les fautes seraient trop nombreuses. Les paradis artificiels sont traîtres.


Two Weeks - Grizzly Bear


Ecrit par ninoutita, à 01:40 dans la rubrique Journal qui se veut intime .
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Mercredi (20/05/09)
Alarme silencieuse
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Alarme silencieuse, j'ai compris qu'il suffit de fermer les yeux pour ne plus l'entendre siffler. C'est ainsi que j'ai découvert le sommeil, ses joies mais surtout ses cauchemars. Le grand-père qui court après sa petite fille pour l'assaillir d'une balle dans le coeur. Et je ne peux qu'admirer l'ardeur avec laquelle le petit vieux désire tuer.
Mais souvent, on voit une femme de dos, ou seulement une jeune fille, ses épaules sont très fines, de celles que je n'aurai jamais, elle écrit :

"C'est dans la délicieuse chaleur de juin que je vous écris. Chaque matin semble être un rêve qui se continue perpétuellement, la réciprocité de notre amour rend l'espoir moins cruel. J'ai été bien désolée de vous avoir déçu dans ma dernière lettre, mes propos étaient un peu vigoureux. Sachez juste qu'au moment où je trace ces lettres, le froid me mord les joues, nous sommes en mars et, je ne vous aime plus. Valmont aurait dit "ce n'est pas ma faute" ; moi, au contraire, j'ai le courage d'avouer que l'amour que j'avais pour vous n'était qu'un vaste et aride désert. Plus désert de pierre que désert de sable, il s'étendait, me déplaisait forcément. J'ai connu un pastiche d'amour, ce fût une belle expérience. Je n'en serai jamais déçue, ce n'est pas mon genre. Il est temps de tirer les rideaux sur nos mots doux ridicules. Votre amour n'aura été qu'une démangeaison. Je dois drôlement aimer les choses désagréables pour être restée fidèle si longuement." C'était un bien joli temps pour se dire au revoir.
Dans ce rêve, ce cauchemar, on ne voyait pas la réponse du cher et tendre. On entendait seulement le bruit de celui qui pleure pendant qu'une image fixe nous dévoilait encore une fois le corps de la jeune femme. Toujours de dos, elle n'est cependant plus statique. Ses mains parcourent tout son corps, elle se gratte sauvagement. En quelques secondes, elle a perdu toute distinction. La laideur s'est éprise de ses épaules, voilà qu'elle ne les quitte plus.

- Tous ces songes sentent fort la cruauté. Est-elle un individu haineux ? Secret ?
- Je ne pourrai vous répondre avec exactitude. Je ne la connais que de vue. Enfin, c'est faux, je suis l'un de ses meilleurs amis mais la connaissance que j'ai d'elle reste superficielle. Elle ne s'épanche que très rarement, et ses peines sonnent pareils à des mensonges.
- Elle me paraît bien effrayante.
- Je ne crois pas que cela soit le bon mot. Je pense simplement que son coeur est mourant, et que c'est une fabuleuse actrice.
- Vos propos sont aigre-doux, on ne sait comment les prendre.
- A croire qu'elle déteint sur moi.

La discussion avait été entreprise par l'homme le plus blond (les deux l'étaient très profondément), il avait une voix un peu aiguë, assez laide d'ailleurs. La voix de l'autre homme contrastait avec la sienne. Elle était gutturale et impressionnante ; malheureusement pour lui, toute sa virilité résidait dans cette dernière. Les deux connaissaient la femme, les deux admiraient la silhouette fragile de ses épaules, les deux étaient dérangés par ses hochements de tête agressifs. Les deux étaient blonds : ce fût un rêve de trop pour moi. Le rêve de trop. Brusquement, mes yeux ont été confrontés à une lumière criarde. Cette alarme ne s'arrêterait donc jamais ?


Ecrit par ninoutita, à 20:25 dans la rubrique Journal qui se veut intime .
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Jeudi (07/05/09)
angoisse ?
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Je crains de ne pas savoir m'assumer, de chercher toujours et de.
Brûlante, le sommeil lourd ; je réussis à me persuader que dormir c'est dormir, peu importe le temps passé dans mon lit.
Chaque jour je me demande pourquoi j'ai une cigarette dans la bouche : le matin, je suis trop sage et le soir trop conne. Je cherche en vain quelqu'un pour contre-balancer mon déséquilibre infatigable. J'écris cela et je pense le contraire, je ne suis ni déséquilibrée ni infatigable. Je suis tour à tour fière de moi, sûr de moi et malade de moi. Je crains l'orgueil et je l'aime. Je réfléchis trop, je me surprends à écouter le théâtre sans le voir, je me surprends à me surprendre.
Que s'est-il passé, vraiment ? Je rêve que je suis vraiment douée, qu'il existe des milliers d'écoles qui m'intéresseraient vraiment et le réveil arrive. J'ai toujours réussi à contrôler mes songes, à me rendormir et à continuer le rêve : malheureusement il est l'heure d'aller en cours, personne n'accepterait mes excuses encore teintées de sommeil. Je pleure de haine parfois mais la plupart de temps je pleure de n'importe quoi. Je n'ai aucune belle histoire à raconter ce soir, seulement des relents de pacotille. Les relents ne se meuvent que la nuit et les dimanches, sinon ils restent cloîtrés sous l'épaisseur de ma couette.
J'aurais tant à dire mais mes mots n'auraient que très peu d'intérêt. Abstinence, paresse et contradiction, voilà mes secrets. On se moquera de ma puérilité.
June est revenu, mine de rien, j'ai fait l'indifférente et c'est comme si sa superbe avait été vexée. Pour moi, sa nature rimait avec l'inconséquence. Mon jugement demeurait néanmoins incomplet.




I Know Your Are But What Am I ? - Mogwai



Ecrit par ninoutita, à 00:18 dans la rubrique Journal qui se veut intime .
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Jeudi (30/04/09)
Les yeux bleus me donnent le mal de mer
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©Ninoutita



Il me parle de la gloire et je ne l'écoute pas. Ca fait trois jours, monsieur, oui monsieur.
Il fumait au téléphone, j'entendais sa bouche aspirer, le papier brûler, la cendre sombrer. Puis, j'ai sombré à mon tour. C'a été lent, je n'y croyais pas. Plus d'appel, ce n'est pas grave. Quatre jours, je me sens bête : "pourquoi lui ai-je dit qu'il restait libre, que s'il décidait de ne plus m'appeler, je ne le prendrai pas mal ?". Pour une fois que j'avais échangé un petit bout de promesse. C'était le premier, je ne voulais pas me brûler. Le résultat est innommable. La suite ne vaut pas mieux. J'ai dormi, toute frétillante d'espoir, pensant qu'à mon réveil, il y aurait un appel en absence. Non, dix appels en absence. Mais le naufrage s'est poursuivi : le bateau avait déjà pris pas mal d'eau, j'étais mal barrée. Un mois, trois ans, quelle importance ?

Je n'ai pas une once de nicotine dans le sang depuis trois jours. Je ne ressens pas de manque, j'aimerais seulement ouvrir la fenêtre et allumer une cigarette pour écouter son embrasement. La nuit me recouvre, j'oublie et l'envie de cigarette, et le souvenir des yeux bleus sous de noirs cils de fille. Les yeux bleus me donnent le mal de mer. Une silhouette baille sous le soleil de minuit et l'ennuie empêche mon corps de se glisser dans un lit. Elle est étrange cette obstination qui me dit de ne pas fermer les yeux alors que la capacité de la journée semble s'être épuisée. Je cherche encore et en vain, et je laisse dégouliner les mots sur une page virtuelle. Une fois entre les draps, je me rends toujours compte que j'aurais pu voir un film, finir un vague texte, courir. Mais souvent, à tout cela, je préfère ouvrir grand la fenêtre et me complaire dans la mélancolie, allonger sur le sol. J'aime l'éclair de lumière que provoque les phares des voitures sur le mur et entendre le vent caresser les feuillages. C'est peut-être le romantisme du coeur vide. Ou plutôt, qui prétend être vide. Il voulait faire "hurler les objets" mais je me contenterai d'entendre leurs chuchotements. Qu'ont-ils d'intéressant à dévoiler ? Il est temps de se violenter avec Harley David son of a bitch, ça commence à déborder.


In The Black Of Night - Slow Train



Ecrit par ninoutita, à 00:53 dans la rubrique Journal qui se veut intime .
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Jeudi (23/04/09)
La solitude des grands boulevards
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©Ninoutita



Liliane comptabilise les élans de charité, mal contrôlés, et sélectionne les faux des vrais.
Ses majuscules sont suivis de néant, elle ne parle pas ou seulement très peu, des bribes de "B" suivis d'un rien, si bien qu'on a dû mal à suivre ses raisonnements.
Dans son ventre, grouillent les ressentiments, ils se déplacent en un mouvement assourdissant et la font souffrir perpétuellement.
Les bras de Liliane ne s'accrochent jamais à d'autres, ils pendent de chaque côté de son tronc, la paume vers l'extérieur dans une posture un peu hors nature.
Elle ne sort qu'entre midi et dix-neuf heures, jamais avant, jamais après. La nuit, elle écoute les yeux fermés la rumeur des bars au loin, en se demandant si tous ces gens s'amusent vraiment. Elle ne boit pas, grille quelques cigarettes de temps en temps, souvent après s'être réveillée d'une sieste. Son vieux père lui dépose chaque année un peu d'argent sur son compte, afin de le rendre moins désertique. Rien ne la dérange, ni d'être sans-le-sou, ni d'être seule, ni les hurlements des ivrognes mondains tous les vendredis et samedis soirs. Liliane reste de marbre. Mais même cette expression ne lui convient pas, le marbre étant une roche encore trop chaleureuse par rapport à Liliane.
Malgré cette apparence glacée, Liliane rêve souvent, se confectionne des faux espoirs rutilants, comme tout le monde. Par la médiocrité de ses songes, elle nous ressemble.
Liliane a froid dans sa chambre de bonne. Cette chambre de bonne lui coûte beaucoup d'argent mais elle ne pouvait renoncer à la proximité du Boulevard Raspail. Elle voulait absolument sentir la présence de cet homme, bien que ce fût seulement à travers le nom d'un boulevard. D'ailleurs, de quel Raspail s'agit-il ? Elle sait très bien que cette grande rue est dédiée à François-Vincent mais voudrait tellement qu'elle le soit à Jean. Parce que Jean a un avantage sur l'autre, il n'est pas mort, lui... Et puis il écrit. Sans ceux de son espèce, Liliane serait morte avant François-Vincent. Elle n'aurait même pas connu la lumière du jour.
Mais pourquoi Liliane a-t-elle choisi ce boulevard là en particulier ? Il y a l'avenue Victor Hugo, la rue Albert Camus dans le Xème, pleins d'écrivains plus célèbres... D'accord, ils sont déjà morts mais au moins avec eux, il n'y a pas d'ambiguïté. Un inconnu porte sans doute également le nom d'Albert Camus, mais qu'importe puisqu'il n'a aucune renommée.
Avec Raspail, c'est plus compliqué. Pas grand monde ne le connaît, ou alors, ils connaissent son homonyme scientifique et politique. Contrairement à nous, Liliane, elle, ne se pose que très rarement des questions. Et d'ailleurs, ces dernières sont souvent plus pragmatiques, moins intellectuelles, mais n'entraînent pas pour autant une réponse précise. Liliane navigue dans le flou, prétend à son miroir qu'elle a plein d'amis avec qui elle court le boulevard de midi à dix-neuf heures. Le miroir ne lui répond jamais, il se contente de lui renvoyer un reflet peu lumineux et Liliane de le quitter pour claquer la porte à onze heures cinquante-huit.
"Comme le temps qui coule essaie de nous assassiner".


Apprends À Dormir - Noir Désir



Ecrit par ninoutita, à 19:44 dans la rubrique Journal qui se veut intime .
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