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Vendredi (13/11/09)
schématique et sans suite
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le 2/11/09

as-tu fait bon voyage ? Je ne voudrais pas te peser, ta conscience est-elle aussi aiguë que la mienne ? ne doit-on pas nous oublier, vivre, vivre et oublier les questions.
Tu vois, c'est toujours les nuages qui laissent place à l'azur odorante du ciel. ca sent la pluie mais le soleil resplendit, je sais, tu préfères les hivers maussades, comme en arrêt sur images, aux soleils qui te mordent les yeux.
J'aimerais comprendre ce qui motive chacun à vivre. Un seul projet me suffit. J'aime la vie, même lorsque je m'endors à minuit les larmes aux yeux, le mal de ventre qui colle à la peau.




le 11/11/09
Tu es comme ce qu'on dit de l'argent, tu n'as pas d'odeur. Tu t'es tourné et retourné entre mes draps, mes doigts et ça toute la nuit mais ton parfum ne demeure pas. Je ne comprends pas comment cette absence peut être possible, je ne comprends pas.
Sylvie est morte, et je n'assisterai pas à l'enterrement. Je n'ai pas la force de voir le monde pleurer, de me sentir pleurer, ou de risquer les yeux secs.
C'est comme un alinéa avant une phrase, un alinéa qui a duré le temps d'un cancer vicieux, les cellules qui se désagrègent à petit feu.

En l'espace de trois mois, j'ai vécu deux fois le même schéma. Mais la deuxième fois est plus douloureuse. Oh pas pour moi. Elle me convient (enfin, je me le fais croire). C'est l'autre qui souffre, qui s'enlise dans de noires pensées. J'essaie de penser en mâle, donc plutôt mal. Je consomme, je jette (le pincement au coeur qui survient à l'instant où j'en fais un déchet contredit tout ce que j'ai pu écrire jusque là). Il n'y a nulle trace de Kiss dans ce que j'écris-là, ou seulement la même expression d'abandon contrôlé pendant l'amour.

Je ne recherche aucune stabilité. Aucune stabilité. Seulement une légère esquisse d'exclusivité. D'exclusivité. Prend qui tu veux, je m'enfous. Mais ne lui propose pas d'aller voir une exposition après. Ca c'est pour moi. De toute façon, je ne suis pas douée en amour. Je le suis en sensualité, en douceur. En aigreur aussi. Mais le sexe, tu sais, je m'en fous. J'ai juste besoin de sentir la peau. Rien d'autre. J'aurais pu rester vierge toute ma vie, seulement les autres ne veulent pas que les relations se déroulent ainsi. Ils veulent voir comment c'est à l'intérieur. Ils veulent plus et finalement ne gagnent que du moins.
Qui oserait me contredire ?

Je veux voir du LYNCH, je veux voir du CLAIRE DENIS. Je ne supporte pas que ma faim reste en suspens, que je doive me contenter d'extraits. Je veux tout, tout de suite, sans concessions, sans scrupules ridicules, sans arrières-pensées.
Le problème c'est que je suis toujours hantée par des pensées.
Et ils finissent par s'en douter. Entre mes bras.


Ecrit par ninoutita, à 19:04 dans la rubrique Journal qui se veut intime .
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Samedi (24/10/09)
la peau douce
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Il m'a dit "la virilité est brune" mais je démens.
Je démens la poésie de ceux qui ne savent pas quoi faire avant d'aller se coucher, sur quel pied danser, quel poème encenser. Cette fureur à laquelle les autres se mêlent, les yeux qui puent l'amour déchu, les yeux les yeux, ça empeste le coeur désolé.
Il a faim, il se dévore, j'ai beau tenter de l'arrêter, il finit toujours par grignoter son corps. Je parle de mon coeur, pas d'un bel inconnu, pas le bel inconnu connu.
Hier, j'ai vu la pièce Simplement Compliqué, le titre me plaît et nous ressemble, vous ne trouvez pas ? George Wilson était émouvant, j'ai pleuré lors des applaudissement ; est-ce un adieu ?
Je pleure comme tu cries ; sans bruit. Même mon dos qui craque est moins sourd que le son de tes sanglots de mes sanglots. Je m'oublie dans toi, je suis l'usurpatrice que je veux enterrer, je ne sais pas encore quel genre d'assassinat élire.
Un doute m'a engouffré sous son gros manteau d'hiver. Il laisse à peine dépasser ma tête, si bien que je n'y vois guère lorsque j'arpente le macadam. Les passants ne le remarquent pas, cette tare n'est pas visible ni palpable et n'a pas d'odeur. (Dire que l'argent n'a pas d'odeur m'a toujours paru absolument absurde. Bien entendu, l'argent a une odeur, et pas des moindres, plus qu'une odeur, elle laisse un "goût" sur les doigts.)

Mais que disais-je ? Ah oui, cette histoire bizarre de virilité.


Je me souviens d'une époque où on écoutait toutes les trois le premier album de coldplay dans son lit à elle, des soeurs coincées dans la nuit, à trois sur un matelas simple.

Ca n'explique pas la virilité. Mais c'était doux. La peau douce, l'univers sombre autour de nous, quelques coups de vent d'automne qui font bouger les voiles orange de la fenêtre, la peau douce, le drap doux.

Dix ans plus tard, c'est Berlin juste avant le petit matin, la peau douce, il a la peau douce, mes soeurs ne sont pas là. Il n'y a pas de lit, nous sommes à même le sol, il est blond - mais je t'assure qu'il est viril. J'ai dû mal à accepter que les souvenirs finissent par périr. Mais te doutes-tu du pourquoi de ce malaise ?
Simplement parce que je crains d'être un souvenir pour lui, un souvenir qu'il a allègrement digéré, qui est tout flétri dans sa mémoire. Je souhaite bêtement que des réminiscences viennent à son esprit en jouant au billard, en dormant à terre, en voyant des boucles rougies par le henné. Je souhaite ça, et je trouve ça ridicule bien sûr.

J'ai dit détester le romantisme, je déclare que le romantisme est comme un alcool trop bu. La bouteille seule suffit à avoir un haut-le-coeur. Le romantisme, c'est pareil. On en boit avec soif, on en boit à toute allure, on en boit avec allure, (la cigarette entre l'index et le majeur), on en boit on en boit, ça n'en finit pas. Et puis, un soir, le verre de trop, nous avons trop abusé de la pensée mièvre, elle s'est totalement pourrie. Alors on passe le reste de la nuit dans un lit, à attendre que ça passe en vomissant, en inondant de larmes notre visage. Le lendemain, on se sent mieux. Quelque que soit la situation, ça va toujours mieux le lendemain. Comme si finalement demain était une nouvelle vie. Pas une quelconque renaissance, mais la naissance.

Malgré toutes ces phrases, ces allusions à lui, je ne me sens plus tout à fait dépendante. Un peu perdue, bon disons très perdue, mais pas transie. Je n'ai pas envie de lui envoyer des messages tels que "je suis sous la pluie je pense à toi". Ce genre de messages me donnent envie de vomir, suis-je cruelle ? Ce ne sont jamais les bons qui me déclarent leur flamme. Avant j'avais envie de faire croire à un garçon amoureux que c'était possible : ça, c'était extrêmement cruel. Il y a quelques jours je n'ai pas réagi. Je mangeais machinalement mon bout de pain, je lisais de la sociologie et il me disait qu'il avait cru que moi aussi "peut-être enfin tu vois ce que je veux dire."
J'ai tapoté que j'étais désolée. Que je ne voulais rien faire croire à personne étant donné que le garçon auquel je pensais souvent m'avait "fait croire". Ou plutôt, pour être plus exacte, "il prétendait me faire croire". C'est beaucoup plus complexe, et tellement incompréhensible que ce comportement me donne envie de rire. Je ris beaucoup en ce moment, je pleure beaucoup mais les deux s'équilibrent donc je ne suis ni heureuse ni déprimée. Par contre, je suis de bonne humeur. La perspective de la vie me donne envie de sourire. Du coups, on peut dire que je penche plus vers le contentement que vers le spleen. Je suis une enfant.


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Ecrit par ninoutita, à 00:50 dans la rubrique Journal qui se veut intime .
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Samedi (03/10/09)
WHO AM I ?
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s On est enfant, et français, et tu sais bien que les français aiment comparer les choses, même celles qui n'ont rien à voir les unes avec les autres. Alors je disais "on est enfant" et on aime bien "préférer" les machins. Tel machin est celui que je préfère, je hais celui-ci. Mais je n'y arrive plus. Non, maintenant je ne parviens pas vraiment à tailler mes goûts avec tant de sûreté. De temps en temps, je plonge encore la tête la première dans le manichéisme, toujours avec une opinion un peu grognonne, un peu contradictoire et révoltée. Et je suis plus habituée à me voir agir de cette manière-là. J'ai toujours un peu trop aimé la nuance tout en étant attirée par les idées fortes, qu'il est consciemment impossible de démentir. Il est rassurant d'aimer un parti, un groupe de musique, un homme avec passion, sans oser s'avouer qu'ils leur arrivent d'être à côté de la plaque. Mais j'y arrive de mieux en mieux. C'est souvent un peu déroutant de se sentir évoluer. Cependant, ça reste très agréable. On se sent moins perdu, ou alors dans une perdition positive. On se dit "tiens, je n'ai pas la même manière de penser qu'hier, un minuscule détail a passé la main à un autre plus capable". Le risque est d'en arriver à se complaire dans le progrès, devenir suffisant et finir par ne plus se rendre compte que les autres aussi évoluent.

Cette petite réflexion fait forcément pencher mes pensées vers Kiss. C'est fou comme une phrase prononcée par un ami peut faire changer ce que l'on pense : " Aaaah mais ton mec-là, il raconte sa vie sur facebook, il craint !". Et moi de répondre, alcoolisée : " MAIS T'AS TELLEMENT RAISON !". Bon, on ne peut pas dire que l'affaire soit réglée. Disons plutôt que je doute de ressentir des sentiments inébranlables à son égard. C'est trop physique pour l'effacer d'un coups de remarque amicale mais c'est assez spontané pour se rendre compte que je ne l'aime pas à proprement parler. Je l'aime bien, oui, mais aimer vraiment, non. Aujourd'hui je dis cela, et si ça se trouve je le penserais jusqu'à ce qu'il me redonne des nouvelles pleine de chaleur et d'intérêt pour moi. Ou alors, je deviendrai insensible à son regain d'amitié et mon coeur ne fera aucun looping en lisant ses mots. C'est ce que je souhaite... officiellement.
Ecrit par ninoutita, à 15:39 dans la rubrique Journal qui se veut intime .
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Lundi (28/09/09)
Je me fatigue
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Ils ont tous deux les yeux clairs, et moi la tête à l'envers ; c'est la fatigue et mon alibi passe aussi par ce dérivé de vodka adolescente. Je fais rire l'un, je fais rire l'autre, et lorsqu'ils découvrent leurs dents, je ne peux m'empêcher d'accompagner le mouvement. Je m'assieds à cheval sur le rebord de la fenêtre, la jambe droite sur le parquet et la gauche dans les airs, je fume cigarette sur cigarette et je finis par terminer mon paquet neuf. Les cendres s'effondrent, je les piétine l'air de rien, l'air drôle apparemment. Je danse sur la macaréna et mon verre est vide, je vais me chercher une bière dans le frigo et revient avec de la sauce piquante. J'ai dû oublier d'allumer mon cerveau et je reste hagarde les doigts crispés le long du goulot. Ils me regardent comme s'ils avaient faim, je prépare des pâtes, beaucoup trop. L'un part, l'autre reste. Je ne sais plus lequel est lequel, je les confonds silencieusement. Et je m'enfous, c'est simplement amusant, j'oublie les profondeurs du coeur, j'évite mentalement Kiss. Il est cinq heures, encore une fois. Les pâtes gisent, collées au fond de la casserole. Je gis de même sur le canapé en velours cramoisi. Autour de moi, on raconte sa vie. Comment pourrais-je me joindre à la conversation alors que je ne sais même pas quel jour on est ? Je leur fais part de mon avis, ils m'écoutent attentivement. C'est très, c'est toujours très étrange. Puis, celui qui est resté (en même temps il vit là) se lève et joue à la ballerine. Bizarrement, ça me donne envie d'être dans ses draps. Avec lui, bien sûr. Mais une fille y est déjà bien installée, et je n'ai pas la prétention de briser des ménages. Et je m'enfous, tout cela plane très au-dessus de mon crâne, si haut que je peux à peine l'apercevoir...

... ça y est, je suis à Paris.


Ecrit par ninoutita, à 02:20 dans la rubrique Journal qui se veut intime .
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Mercredi (16/09/09)
Words disappear, words weren't so clear, only echoes passing through night.
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Et puis je suis sortie de l'appartement, je suis allée jusqu'à un autre appartement ; ce n'était toujours pas le mien. Dans le deuxième j'ai remplacé une paire de chaussures par une chaussure. Je suis encore sortie, la grisaille matinale me donnait envie de rire. C'est absurde cet air d'automne que la ville prend à sept heures du matin. Les Strasbourgeois partaient travailler tandis que j'allais me coucher. Je boitais avec ma seule chaussure, l'autre tanguait dans mon sac. Je voulais rire mais mon visage refusait de décrisper ses traits. Alors je suis restée à attendre un bus qui n'est jamais venu, l'expression lourde, les yeux dans le vide, les yeux qui regardaient à l'intérieur, les yeux qui repassent toujours le même film, expliquez-moi parce que là, je ne sais que croire, je ne fais que croire.

J'ai été tenue éveillée, dans le premier appartement, de minuit à sept heures du matin. J'ai mangé une poire belle hélène sans glace parce que "JE N'AIME PAS LA GLACE", et encore moins la glace à la vanille qui vire au jaune sale. Il était presque six heures et l'autre était allé se coucher. J'aurais bien voulu m'allonger à ses côtés, oublier que j'aime en laissant traîner mes doigts dans les siens, en sentant sa main se balader sur mes hanches. Comme quelques minutes avant, comme lorsqu'il m'effleurait sans que l'autre ne s'en doute. Plus tard, l'autre a compris que des esquisses de caresses s'étaient échangées, il l'a plutôt mal pris et je me suis sentie conne. Conne parce que j'ai ressenti beaucoup de culpabilité alors que je n'avais pas franchement quelque chose à me reprocher. Les deux garçons auraient pu se sentir coupables, mais ils n'avaient pas l'air d'y penser. L'un était énervé, se sentait trahi alors qu'il n'y avait pas de raison à cela, tandis que l'autre, et bien l'autre... je n'en sais rien, il m'a lâché la main en souriant sans que sa bouche ne s'étire, le regard rêveur. On était tous les deux anesthésiés par le sommeil, dans un cocon en drap, à se regarder, à se sourire pendant que l'autre parlait et parlait...

Le brouillard, les lampadaires sur le point de mourir, le cri du tram ont tenté de me réveiller. Mais j'étais trop plongée dans divers pensées et souvenirs pour être sensible à leurs présences.
Ce soir, je m'interroge sur les relations que nous entretenons les uns avec les autres. Sur tous les mensonges qu'on saupoudre sur nos visages et sur tous les sentiments contradictoires qui nous nouent la gorge et nous donne mal au ventre. Le même genre de mal au ventre que celui qui ne m'a toujours pas lâché les tripes.





Ecrit par ninoutita, à 00:34 dans la rubrique Journal qui se veut intime .
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Vendredi (11/09/09)
Take a plane
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Elle se tient pour immortelle tout en ayant des élans d'hypocondrie. "Je vais mourir, je vais mourir" dit-elle. Personne ne la prend vraiment au sérieux, "elle est folle" disent-ils. Un faible élève vaguement la voix "je ne crois pas". Les autres s'en moquent, les médisances ne cessent pas malgré la volonté du cabot de crier la vérité.
Rien ne l'arrête, elle continue de plus belle "Je voudrais être sur mars, surprise par le rouge". On rie. Y a-t-il encore des gens capables d'entendre des divagations sans esquisser un rictus malveillant ?
Je perds espoir pour elle. Je le cache en lui tapotant l'épaule. Elle se noie dans ses larmes, je la repêche en tentant de la rassurer. Mes actions sont vaines, aussi vaines que ses larmes. Son père disait "Pleure, tu pisseras moins". C'était vraiment dégueulasse.

" - Hé N., tu te souviens un peu de la fois où tu as glissé à la piscine ? Comme tous les gens, enfants, vieillards, tous âges confondus, se sont mis à rire ? Ils se pissaient dessus pendant que ton genoux pissait le sang.
- Ne fais pas comme si tu avais compati, tu te moquais toi aussi.
- C'était nerveux.
"
A ce moment là, N. pense que son interlocuteur n'est pas logique. Peut-être que les autres aussi riaient par nervosité ?

"- Tu sais, j'ai encore la cicatrice. Je suis retombée sur ce genoux de nombreuses fois, si bien que la cicatrice me fait encore souffrir. D'ailleurs, ce n'est pas encore une cicatrice. Elle est bien trop à vif."
Pourquoi se fatigue-t-elle à lui expliquer des faits qu'il oubliera dans quelques secondes, trop occupé à penser à une autre chose, à lui-même par exemple.
"- Tu disais ?"


(...)

Ecrit par ninoutita, à 02:10 dans la rubrique Journal qui se veut intime .
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Dimanche (06/09/09)
Je m'élance et puis je recule
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Je suis revenue de mon périple. Il me faut un peu de temps. Je me demande si j'arriverais encore à écrire ici. Il y a bien trop de souvenirs, bien trop. Pourtant, je me refuse à abandonner cet endroit. Je reste fidèle à mon vieil amant dépressif, m'arracher de lui serait tellement douloureux. Et peu importe si le soir j'en pleure, enfin le soir, pas particulièrement le soir. Je suis rattrapée par des clichés romantiques aux accents pathétiques. Les larmes ne sont pas seulement présentes le soir, elles sont là dès que je l'évoque. Kiss. Il porte bien son nom. J'ai déjà eu mal comme ça. Mais c'était une douleur bien plus puérile, j'avais quoi ? Quinze ans ? Aujourd'hui, je ne suis pas beaucoup plus âgée et la souffrance est plus vive. Comme l'autre fois, rien n'est clair. Pas de la même manière, certes, mais les sentiments se sont pelotonnés dans un voile. J'y vois flou. Enfin, j'essaie de me persuader que je vois mal. Je me mens, je lui ai menti. J'ai écrit trop d'histoires, maintenant ces histoires se changent en bobards que je crache dans la réalité. J'en deviens pratiquement désolée pour moi. Heureusement que les projets s'amoncellent dans le futur, que le changement se profile nettement à l'horizon. Faire l'actrice carton-pâte, écrire un recueil de nouvelles, photographier une amie, entrer à la fac : ça sonne bien. Tout comme le son qu'avait notre voyage. Berlin, Copenhague, Amsterdam, Bruxelles, Gand, Bruges et Anvers en un mois. Quand la belle aventure se mêle au drame amoureux, le problème prend des reflets positifs. Je pleure à Berlin et j'embrasse un danois avec qui je préférerais être en couple plutôt qu'avec Kiss. Malgré tout, Kiss me possède physiquement. Je comprends mieux Phèdre qui brûle pour son beau-fils. Je vois le genre de truc physique qu'elle doit ressentir au plus profond d'elle-même. C'est véritablement un feu. Les poètes, les dramaturges, les artistes avaient raison. Tu te languis sensuellement de la personne, tu brûles littéralement pour elle. Tu la désires sans détour, sa peau, tu la veux absolument tout contre la tienne. Les baisers d'un autre ont peu de valeur à côté de la conscience d'avoir celui que tu désires contre ton corps. C'est complétement charnel et un mélange de frissons et de larmes me vient lorsque j'y pense. Je reprends mon souffle et ferme les yeux. Il n'est pas question d'oublier, je ne veux pas me forcer ridiculement comme j'ai pu le faire à quinze ans. De toute façon, cette "méthode" n'avait nullement fonctionné. Merde, mes émotions ne sont pas programmables. Et je ne peux pas non plus les jeter à la poubelle. J'en fais quoi alors ? Je les partage ? Je les écris ? Pire, je les transforme en gouttes salées. Je me sens comme un enfant lors d'un interminable voyage en voiture : "Dis Papa, c'est quand qu'on arrive ?".
Ecrit par ninoutita, à 03:24 dans la rubrique Journal qui se veut intime .
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Dimanche (02/08/09)
Boomerang

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Il n'y a que mon ventre et mes jambes de caramel, le reste est plus blanc. Une trace de livre sur la poitrine, une cuisse constellée de piqûres d'insectes. Le retour des vignes, j'ai de l'argent et de la chaleur entre les cils. J'apprends, après un voyage nocturne en voiture de dix heures, que des connaissances y ont laissé la vie. La chaleur entre le cils se change en poids, des connaissances mortes et je lâche des sanglots. J'abhorre encore plus la route que la veille. Où sont passés les road movies saturés de cheveux dans le vent ? Sûrement pas sur le siège du passager.

Je lui confiais en italien que j'étais entre la paranoïa maladive et le je m'en foutisme à l'excès. Il souriait, corrigeait mes fautes d'orthographe et de grammaire, ses joues striées par deux, trois, quatre fossettes. Le dernier matin, nous sommes allés ensemble à un grand jardin de Florence. Il était moins de neuf heures et la température atteignait déjà les trente degrés. Nous avons gravi une pente pour arriver à une place qui surplombe la ville. Ici le duomo, là les Uffizi. Et moi : "le duomo est laid". Il n'a jamais entendu quelqu'un affirmer un goût aussi aberrant. Il aime le football, le vin et nos goûts musicaux ont plus de dissemblances que de similitudes. Est-ce que j'ai grandi ? Les goûts ne m'importent plus autant. Je ne suis plus si fermée, si exigeante envers les autres. Déjà j'avais esquissé ce changement en appréciant Kiss. Mais dans cette histoire là, les caresses importaient plus que la conversation.
Devant notre banc à l'ombre fraîche d'un arbre aux allures d'ancêtres gigantesques, la ville s'étalait, légèrement troublée par la fumée de nos cigarettes. Nous n'avons pas eu le temps de goûter le silence ensemble. Peut-être la prochaine fois. Il viendra à Paris, enfin, nous verrons. C'est sans doute une belle amitié qui commence.
En revenant à Strasbourg, les préjugés sur les italiens me hérissent. Comme ceux sur n'importe quel peuple d'ailleurs.

Et maintenant, des mouches collent à la vitre et le ciel est menaçant. Il y a trois semaines que je n'avais plus vu la pluie. On s'habitue vite à la sécheresse quand le coeur ne la connait pas.





Ecrit par ninoutita, à 14:11 dans la rubrique Journal qui se veut intime .
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Vendredi (10/07/09)
Moon boy
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A peine revenue de Paris où j'ai trouvé un appartement et des amis, je repars dans le sud et en Italie, aider dans les vignes, avoir chaud et boire du café dans un bar tabac conditionné.
C'est un peu bizarre, j'ai tant attendu la fin que je ne sais plus très bien quoi en faire. Alors je lis, je lis beaucoup, du Hamsun Knut, du Nietzsche et j'écris des mots imbéciles sur les feuilles d'un carnet en décomposition. Je ne pense plus à la suite, et même le présent parvient à peine à se glisser dans mes pensées. J'écoute du Joe Dassin comme une veille minette de soixante ans, et je pleure, mais seulement de rire. J'ai du mal à croire que d'autres sont émues. Ici, je ne parle plus de Joe Dassin, j'interroge le désert émotionnel.

Avant de partir loin, une petite bribe de Paris : il y avait un petit garçon avec un visage comme la lune lorsqu'elle est pleine, de gros yeux bleus et un tout petit sourire. A un moment, il a remarqué que j'étais entrain de scruter le sachet qu'il tenait entre ses mains aux ongles minuscules d'enfant. Dans le sac se trouvaient deux petits récipients en plastique remplis d'eau avec des poissons. Le petit garçon a remarqué que je regardais son sac et a sorti l'un des deux récipients, l'air de rien, pour me montrer le poisson. C'était une fine bête très gracieuse avec de longues nageoires dentelées et violettes. Voyant que j'admirais le premier poisson, il a sorti le deuxième, toujours mine de rien. Il a ensuite tapoté l'épaule de sa mère somnolante pour lui dire que le monsieur de la boutique lui avait expliqué comment les faire se reproduire. Il continuait à me regarder, pas peu fier de lui. Je voulais entamer une rapide conversation mais c'était déjà le moment de me lever, de me laisser emporter par une foule de bras, jambes, têtes. Les gens ne voient que droit devant eux, pareils à de bons chevaux de courses. J'espère ne pas trop regretter la tranquillité de Strasbourg. Quand j'y pense, j'ai l'impression d'être une jeune provinciale sortie d'un roman de Zola.


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Ecrit par ninoutita, à 01:14 dans la rubrique Journal qui se veut intime .
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Vendredi (26/06/09)
Feeling without touching

©Ninoutita



"- Quelle heure est-il ?
- vingt-trois heures, cinq heures, peu importe.
- Pourquoi tes cheveux caressent mon visage, pourquoi ton visage est posé sur mon oreiller, pourquoi es-tu venue, pourquoi reviens-tu sans cesse ?
- Je sentais que ce serait la dernière fois que je passerais par ici. Non, pas le dernière fois, seulement la dernière fois pleinement consciente.
- Tu pars, je savais que tu partirai. Et franchement, j'ai presque soupiré de soulagement en sachant que tu n'avais pas été prise au L. J'imaginais que tu resterais à S., que tu continuerais à m'aduler doucement, avec ta maturité bizarre qui s'en prend à mes sentiments.
- Mais je m'en vais bien finalement. J'ai tout de suite décidé de partir. Je ne t'ai rien dit. J'ai voulu voir comment tu réagirais et tu n'as pas réagi. Maintenant tu avoues tout. Tu es toujours en retard : à nos rendez-vous d'avant, à nos actes manqués d'aujourd'hui.
- Très drôle.
- Tu vas jusqu'à me voler mes répliques.
- Tu n'aimes pas qu'on répète ce que tu as dit, tu hais qu'on te ressemble. Enfin, tu dis souvent ne pas savoir ce qui te caractérise.
- Ne parle pas de moi.
- De qui veux-tu que je parle ? Tu es devant moi en ce moment, allongée dans mon lit, ma copine pourrait venir d'une minute à l'autre et...
- Et rien du tout, je vais m'en aller. Je ne comptais pas m'attarder dans tes draps. Ca ne m'intéresse plus. Mais j'aime leur odeur. Elle m'imprègne. Ne me quitte même pas lorsque je retrouve les miens. Elle est toujours planquée dans mon coussin, au creux de mon coude. Tu n'es plus qu'une odeur pour moi.
-Mais je sais que tu portes beaucoup d'intérêt aux odeurs.
- Plonge-toi dans la javel.
- Ne dis plus de bêtises comme ça. Ca en devient presque blessant.
- Tu ris aussi.
- Ta tête me fait rire.
- C'est un bien joli compliment.
- Ce serait bien qu'on finisse sur un drôle de compliment, un compliment maladroit.
- C'est bien qu'on en finisse.
- ...
- ...
- ...
- ...
- Tu fumes des Benson and hedges ?
- Ah heu, pourquoi ?"

Il sourit de ma mauvaise foi. Je n'avais que leur couleur, qui diffère de celle qu'il fume, pour me défendre. Je l'ai charrié, c'était comme si je faisais ça pour la dernière fois. Dans l'après-midi je m'étais suis sentie minable. Minable en prenant mon billet de train, minable en mangeant une barre chocolatée, minable en marchant pieds nus dans le jardin, minable sous le jet glacé de la douche.
Il a fini par presser ses lèvres contre les miennes, assez furtivement, et puis je suis sortie, j'ai claqué la porte pour qu'elle ferme. Je suis restée cinq minutes devant l'ascenseur. Je suis revenue, j'ai toqué. Il a rouvert la porte, je lui ai plaqué un baiser sur la joue. Il est allé s'assoir à la table du salon, pris une cigarette en jouant avec son paquet de manière à me provoquer. J'ai pris une chaise en face de lui. La porte d'entrée était encore ouverte. On s'est regardé dans l'obscurité. Il y avait de la musique, comme à chaque fois. Elle résonnait faiblement, mais je savais très bien de laquelle il s'agissait. Je me suis rendue compte qu'il avait mis celle-ci juste après mon départ. Etait-ce un hasard ?
L'an dernier, en juin, je mettais toujours les mêmes musiques en venant chez lui. Un fameux matin d'octobre, en me réveillant avant d'aller en cours, je l'avais réveillé en fredonnant cette chanson avec ma voix cassée du matin. Et ça m'a repris alors que j'étais assise en face de lui. Son regard s'est échappé au mien, comme une adolescente. J'ai eu pour la première fois conscience que j'arrivais à provoquer un certain trouble en lui. C'aurait dû me gonfler d'orgueil mais je n'ai ressenti que de la tristesse. Il était plus de minuit maintenant. Il n'y avait plus de musique. Il est parti dans sa cuisine, en me laissant seule sur ma chaise. La circulation de mes mains étaient coupées à cause de la mauvaise habitude que j'ai de m'assoir dessus ; ce n'est pas très malin. C'est comme arracher ses cils.
Alors, j'étais seule. Dans le noir. Sans musique. La porte d'entrée ouverte, la fenêtre toute béante.
Il est revenu rapidement, avec deux tasses de thé. On aurait dit un vietnamien, il n'y a qu'au Vietnam que j'ai vu des gens boire du thé brûlant alors qu'il faisait quarante degrés à l'ombre dehors. J'ai avalé ma première gorgée en lui disant qu'il devait avoir quelque origine asiatique. J'ai avalé ma dernière gorgée en papotant avec lui comme deux vieilles copines.
Il a insisté pour me ramener chez moi. En roulant, la pluie a commencé à tomber. J'ai dû lui rappeler que les essuie-glaces existaient. On s'est quitté sur des banalités et après un long silence, j'ai claqué la porte de sa voiture. J'ai la mauvaise habitude de fermer les portes trop fort. Je mets toujours trop d'élan dans mon geste. En partant, j'ai croisé son regard dans le rétroviseur. Je me suis surprise à perdre quelques larmes.

A chaque fois qu'on se voit, on essaie de boucler la boucle. De clore, enfin. On n'y parvient jamais tout à fait. Comme à tous nos autres adieux, j'ai le sentiment que c'est la fin. Que je ne trainerai plus jamais entre ses bras. Je pars à Paris, il a encore une nouvelle copine, il est trop âgé pour moi. Non, le problème ne réside pas réellement dans notre différence d'âge. Je n'aboutis jamais à une solution. J'ai hâte d'être à Florence, de voir Berlin, de trouver un appartement à Paris. Mais au fond, les mêmes errent constamment dans ma tête. Depuis longtemps. Je passe vaguement à autre chose ; je feins d'avoir d'autres envies. Mais finalement, il y en a seulement trois qui m'ont vraiment marqué. Ma relation avec ses trois est facilement définissable : complication, désir, absence, interdit et puis, la fugacité. Chaque moment a été rapide, j'ai eu à peine le temps d'en profiter.
Je les ai beaucoup racontés ici. C'est une farandole de sous-entendus masculins. Ils occupent mon esprit, mais laissent aussi beaucoup de place à d'autres choses. Des choses plus vraies, mieux définies, à portée de main. Je parle d'êtres humains comme de livres. J'ai appris petit à petit que des gens que je fréquente plus ou moins me lisent. C'est probablement dangereux pour moi. Oui, dangereux !




Candy Castle - Glass Candy



Ecrit par ninoutita, à 02:50 dans la rubrique Journal qui se veut intime .
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